Yesterday de Danny Boyle : un cri d’amour lancé aux Beatles

Jack Malik écrit et compose ses musiques depuis son village natal, en Angleterre. Encouragé par sa meilleure amie, Ellie, qui tient également le rôle de manageuse, ils parcourent à eux deux les petites scènes de pubs anglais comme les goûters d’anniversaire. Pris d’un état de conscience fataliste, Jack décide, un soir, que c’en est trop. Terminées les tournées, finit la musique. Sauf qu’en rentrant chez lui à vélo, un étrange phénomène se produit : l’électricité s’arrête pendant quelques secondes. La terre entière plongée dans le noir complet, Jack heurte violemment un bus. À son réveil, il découvre que les Beatles n’ont jamais existé…

Yesterday : l’anti-biopic des Beatles

Yesterday est donc un mélange des genres, entre comédie, biopic et rom-com. En tissant le fil scénaristique sur l’histoire des Beatles et leur oeuvre intégrale, Danny Boyle évoque sans jamais montrer. Les fantômes de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr errent dans le film comme une nostalgie implicite. Ils sont absents tout du long alors que nous cessons de parler d’eux. À lui seul, il réinvente les Beatles et leur donne un nouveau souffle. Danny Boyle parsème alors cette épopée de tons satiriques bien amenés : indifférence envers certaines de ses chansons pourtant mondialement encensées, comme la scène de famille où les notes de « Let it be » sont entre-coupées par des discussions, des coups de téléphones ou l’interphone. Jack devra autant prouver à ses proches ce dont il est capable qu’au monde le génie de sa musique.

Une satire de l’industrie musicale

Danny Boyle choisit d’écourter la situation d’introduction de Jack, notamment parce que nous connaissons déjà l’élément perturbateur qui enclenche son succès. Il emmène donc le spectateur vers l’ascendance fulgurante de ce chanteur à la carrière hésitante. Arrivent alors pléthore de nouvelles rencontres, artistiques comme professionnelles. Ed Sheeran joue son propre rôle et apparaît en musicien sympathique, aussi talentueux qu’égo-centrique. Son jeu est d’autant plus crédible que le réalisateur emploie les rouages de l’auto-dérision, comme avoir sa chanson mondialement fredonnée « Shape of you » en guise de sonnerie de téléphone. Plus qu’un clin d’oeil au public d’avoir un artiste connu en tête d’affiche de son film, Danny Boyle pousse cette idée en incluant que, bien que populaire, un artiste se cogne aux mêmes émotions qu’un jeune promu : du doute à la montée en puissance de son ego.

La nouvelle manageuse de Jack quant à elle est le parfait cliché des requins du milieu. Assoiffée de pouvoir et d’argent, Jack devient son nouveau poulain dont elle s’assure qu’il lui rapportera gros, avant d’apporter à la musique. Kate McKinnon interprète divinement l’hystérie presque psychotique d’un individu prêt à tout pour écraser concurrence et éthique.

L’oeuvre plutôt que l’interprète

Outre ces scènes comiques qui poussent le scénario de Yesterday à un fort niveau de second degré, la disparition soudaine des Beatles ouvre une trame plus sensible. En reprenant ces chansons, nous faisons un saut en arrière sur ces œuvres qui ont marqué les générations d’hier et d’aujourd’hui. Ce nouveau souffle amène à penser que ces chansons ont été écrites avec une plume intemporelle. Jack affronte alors autant le poids de l’imposture que celui de la transmission. Il interprète et s’approprie ce répertoire musical comme des odes à l’amour ou des cris d’au-secours. « Help » , chantée durant un live, est la symbiose attendue entre le fantastique et la réalité : les états-d’âmes de Jack se meuvent en monologues fredonnés au public. Au service de son film, l’oeuvre des Beatles est le moyen pour Danny Boyle de parler de la mémoire. Sommes-nous toujours rattaché à ce qui a été créé, par le passé ? Ou sommes-nous simplement obnubilés par la nouveauté, le plus populaire, le plus écouté ? C’est donc aussi un message d’alerte lancé au spectateur : il faut prendre le temps, s’accorder des moments pour plonger dans ce qui a été produit, auparavant, et découvrir que finalement rien n’est vraiment ré-inventé. Seul l’interprète, et tout son univers qui va avec, l’est. À voir.


Yesterday de Danny Boyle, sortit le 03 juillet 2019
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