Les tensions dans un tournage sont donc inévitables ?
Nous avons eu une discussion dès la première scène, car nous les comédiens sommes assez poreux, on s’imprègne des sentiments, des intentions, de l’histoire, des regards, de notre partenaire de jeu. Le moindre détail compte et ce qui est important est d’être rassuré en le jouant à notre manière, d’avoir notre petite cuisine. J’ai eu tout de suite beaucoup d’indications, de précisions. C’était très important pour les réalisateurs de concrétiser ces années d’écritures en lançant leur tout premier « action« . Mais je me suis sentit cadenassé. Alors je leur ai dit très simplement : « Les gars, il faut que vous puissiez nous laisser pondre notre oeuf et qu’après, dans un deuxième temps, de tenter de faire ce que vous souhaitez selon votre projet artistique« . Ce qu’ils ont considéré et c’est aussi ce qui a participé à la bonne ambiance entre l’équipe.
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Un film écrit, réalisé par vous, c’est un projet qui se profile ?
Oui certainement, mais à moi de trouver le temps, de m’asseoir, d’être dans ma bulle pour me concentrer la dessus. Si je suis interrompue une semaine, trois semaines, un mois, c’est un peu compliqué pour moi. J’ai besoin d’être dans un tunnel. Je devais le faire au printemps dernier mais j’ai commencé à écrire mon bouquin, puis je devais m’y remettre et je suis parti pour Canal trois mois. Prochainement, je vais tourner à Gaza pour Kaboul. J’ai toujours eu besoin de « pondre mon oeuf« , c’est la notion d’expression intime. Nous, les hommes, on ne tombe pas enceints et l’écriture c’est pour moi une façon de pondre quelque chose, de donner vie. Pas par la poule, hein, mais l’image de façonner quelque chose, de créer ce qui n’a jamais été fait auparavant. Aménager un lieu où les regards vont atterrir avec un prisme différent. Je suis sur deux pistes que je ne sais pas vraiment comment aborder. Maintenant il faut que je me mette d’accord avec moi-même et si j’avais un producteur qui me dirait « Qu’est ce qu’on fait ?« , les choses évolueraient peut-être différemment.
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Avez-vous peur que pour votre premier rôle, le succès ne soit pas à la hauteur de vos espérances ?
Je ne pense pas que je le prendrai personnellement. On parle des acteurs, des scénaristes, des producteurs… Mais il faut aussi saluer les distributeurs, avec qui une relation de confiance s’installe dès le début. Je suis heureux de voir que Paris-Willouby a une super promotion, pour une ambition qui n’est pas celle de Star Wars. C’est une chance folle de pouvoir s’asseoir autour d’une table, discuter avec les journalistes, avec vous, et de parler pendant une heure de ce film.
Après c’est le jeu. Si le film ne marche pas, nous nous serions appliqué du mieux que nous le pouvions, les risques auront été les mêmes. C’est comme une critique de film, si elle est nourrit, sincère, même violente, du moment où il y a une honnêteté de la part de l’auteur qui prend le temps de nuancer ses propos, j’accepterai. C’est aussi comme ça que l’équipe toute entière avance.
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Propos recueillis par Clara Passeron à l’hôtel Sofitel Lyon 2ème, le vendredi 15 janvier 2016