Rencontre avec Antoine de Barry et Vincent Lacoste pour Mes jours de gloire

Adapté en partie du court-métrage d’Antoine de Barry L’Enfance d’un chef (2016), Antoine de Barry revient avec ses acteurs fétiches présenter son nouveau long-métrage : Mes jours de gloire. Dans son film, la nonchalance que l’on prête habituellement à Vincent Lacoste y est poussée à son paroxysme. Il y incarne Adrien, jeune homme 27 ans, désincarné et mélancolique qui surf sur un succès passé pour continuer ses castings de comédien. Tout dans sa vie semble s’effriter : le mariage de ses parents, ses relations amoureuses, son rapport avec ses amis… Rencontre avec l’acteur et le réalisateur.

L’enfance d’un chef était-il un premier essai à ce long-métrage ?
Antoine de Barry
: Ce court métrage était plutôt un faux documentaire. Il s’agissait de l’histoire d’un comédien, Vincent, à qui tout réussissait. Jusqu’au jour où il se trouva dans l’incapacité de jouer. Le format reprenait d’ailleurs quelques traits de la personnalité de Vincent et j’ai tenu à conserver les vrais prénoms des comédiens. Mais, c’est vrai qu’il en résultait une frustration de ne pas pouvoir explorer plus la vie des personnages. 15 minutes, c’est très court. Donc l’idée d’inventer des personnages est arrivée, en effaçant totalement Vincent Lacoste pour l’installer dans le personnage d’Adrien Palatine. Il y a tout de même des éléments ressemblants entre le court et le long, mais l’histoire d’Adrien est une fiction pure.

On a l’impression d’un personnage en attente, d’un déclic, d’une nouvelle vie… Était-ce une volonté de votre part, Antoine de Barry, de vouloir créer une mise en abyme d’un acteur en quête d’un rôle, ou était-ce un élément narratif pour dépeindre une jeunesse qui se cherche ?
Antoine de Barry : Il s’agissait pour moi de montrer le décalage entre la mise en valeur de l’enfant, à travers une réussite scolaire, ou bien, dans le cas d’Adrien, en tant que jeune comédien, et ce qui nous attend dans notre vie d’adulte. D’ailleurs, quand on est un enfant, on a cette impression que tout nous réussira mieux quand on sera adulte : on pourra manger ce que l’on veut, être indépendant, faire ci et ça… Le film montre donc cette déception de l’âge adulte, où rien ne se passe. il faut travailler, trouver sa voie, et il y a encore tout un tas de questions qui restent floues.
Puis, j’avoue avoir une profonde tendresse pour les branleurs, les paresseux, ceux qui restent toujours un pas de côté.

Ce film, c’est un peu une ôde aux branleurs” – Antoine de Barry

Comment avez-vous choisi les acteurs qui incarnent les parents de Vincent Lacoste ?
Antoine de Barry : Pour Emmanuelle Devos, qui incarne la mère, je trouvais qu’un rôle de psychologue lui allait comme un gant. Quand je la voyais dans des films, enfants ou plus grand, elle incarnait pour moi une figure intellectuelle, rangée. Pourtant, en parcourant son compte Instagram, j’ai connu une autre facette d’Emmanuelle : quelqu’un d’accessible, de décalé. Notre rencontre n’a fait que confirmer cela. Pour Christophe Lambert, la réflexion était un peu la même. J’ai grandi en le voyant incarner de grands personnages au cinéma. En me retrouvant face à eux, je me suis dit que c’était un couple improbable. Et tant mieux, ça collait parfaitement à l’histoire : quoi de mieux qu’un couple improbable pour enfanter Adrien !

En me retrouvant face à Emmanuelle Devos et Christophe Lambert, je me suis dit que c’était un couple improbable. Et tant mieux !” – Antoine de Barry

Vous vous êtes entourés de beaucoup d’amis sur ce premier film. Était-ce un moyen de vous rassurer, ou était-ce une évidence de faire intervenir telle ou telle personne de votre entourage sur des rôles bien spécifiques ?
Antoine de Barry : J’ai de la chance d’avoir des amis que je trouve très talentueux. Ulysse, qui a composé la musique du film, est un ami d’enfance. Elias Belkeddar, avec qui j’ai co-écrit le film, a été l’un des premiers avec qui j’ai travaillé. Mourad Belkeddar, le producteur, était mon maître de stage quand j’avais 15 ans… Puis beaucoup d’amis apparaissent également. C’est à la fois une zone de confort, un moyen de cohésion, mais aussi une énorme pression. L’idée de décevoir des étrangers semble moins dérangeante que de décevoir des proches. Imaginez les samedis soir, après ! (rires). Cela m’a donc donné encore plus envie de bien faire, d’être bon, vis-à-vis d’eux.

Vincent Lacoste, interprète d’Adrien (à gauche) et Antoine de Barry, réalisateur (à droite)

Aviez-vous des inspirations, en tant que réalisateur, et des influences, en tant que comédien, pour écrire et incarner cette nonchalance adulescente, qui est comme un poids qu’Adrien traîne tout le long du film ?
Vincent Lacoste : Je n’ai pas eu une inspiration en particulier, mais plutôt une multitude d’acteurs que j’admire énormément. Qu’il s’agisse de Guillaume Depardieu dans Les Apprentis (1995) ou d’Alberto Sordi dans les films italiens. Je pense aussi que la création d’un personnage intervient dans sa collaboration avec le réalisateur. Selon qui l’on a face à soi, on ne jouera pas le même personnage. Dans Mes jours de gloire, des scènes pouvaient être totalement improvisées, d’autres à l’inverse étaient très écrites. Le moment du tournage est un mélange de lâcher prise et d’écoute.
Antoine de Barry : Je n’ai pas construit le personnage d’Adrien à travers un rôle précis, mais à travers ce que j’aime regarder au cinéma : les films italiens, les films allemands. Adrien est un personnage que l’on a aimé créer à travers les gens que l’on fréquente au quotidien, et plusieurs petits mimiques sont copiés d’amis. Vincent a d’ailleurs participé à cela, en s’inspirant à la fois des films qu’il aime que des amis que l’on côtoie.

Mais derrière cette apparence de laisser-aller, Mes jours de gloire est aussi un film sur les angoisses.
Vincent Lacoste : Ce personnage est un condensé d’angoisses, matérialisées à travers ses aventures. La famille, le sexe, le travail, l’amour… Tout est angoissant pour lui.
Antoine de Barry : C’est donc ça que tu as retenu ? (rires)
Vincent Lacoste : On nous montre quand même un personnage en échec total (rires) Je pense que nous créons forcément un lien avec ce personnage car chacune de ses angoisses peut nous traverser un jour.

J’aimerais bien continuer à interpréter à cinquante ans un énorme looser !” – Vincent Lacoste

Vincent Lacoste, on vous retrouve souvent dans des comédies où vous vous plaisez à incarner une certaine flegme et un personnage détaché. Aimez-vous particulièrement ces rôles ou êtes-vous plutôt attentif à celui qui réalise, plutôt qu’au scénario ?
Vincent Lacoste : Déjà je pense que j’aime ces personnages ! Puis, même dans le genre de la comédie, je serai un personnage différent sous la caméra de Christophe Honoré (NLDR : Vincent Lacoste est apparu dans le film Chambre 212 aux côtés de Chiara Mastroianni) que d’Antoine. J’aime l’idée de pouvoir jouer un bellâtre chez l’un et un intense looser chez l’autre. Et c’est vrai que je choisis beaucoup plus les films en fonction des réalisateurs que du rôle, même si j’ai une lecture dessus évidemment. je n’ai pas vraiment de plan de carrière, où je me dirais “Attention tu as déjà fait plusieurs fois un looser, il faut changer maintenant” . Et puis, j’aimerais bien continuer à interpréter à cinquante ans un énorme looser !

La bande annonce de Mes jours de gloire ici.


Propos recueillis par Clara Passeron au Novotel Lyon Confluence, dans le cadre d’un événement presse UGC
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