La Bonne épouse de Martin Provost, une comédie résolument féministe !

La bonne épouse… Une réalité pas si éloignée !

Nous sommes en 1967. Une « bonne épouse » est une femme qui cuisine, assure la propreté de la maison, respecte son devoir conjugal, est la première levée, s’oublie pour son mari et ses enfants… En effet, tous ces éléments constituent un foyer sans histoires et prospère. Pour ce faire, des écoles de ménagères existent un peu partout en France pour former les jeunes filles à la vie d’une épouse modèle. Paulette Van Der Beck (Juliette Binoche) tient l’une de ses écoles avec son mari Robert (François Berléand). Seulement, à la mort de ce dernier, elle se retrouve à devoir tenir les rennes de cette institution. Accompagnée de la soeur de son mari, l’attachante Gilberte (Yolande Moreau) et d’une none peu conventionnelle, soeur Marie-Thérèse (Noémie Lvovsky), elle débute son propre apprentissage… Et si elle n’était plus vraiment en phase avec ce qui s’y enseigne ?

Gilberte (Yolande Moreau) accompagnée des filles de l’institution Van Der Beck

Comédie sage et éclairée, La bonne épouse retranscrit parfaitement cette atmosphère schizophrénique d’avant 68, où certaines femmes criaient leur indépendance quand d’autres appréciaient s’occuper de leurs maris, tenir cette place si importante dans le foyer. Martin Provost s’applique à recréer l’ambiance rigide de l’époque : tapisserie chargée, meubles en bois ancien, porcelaine fleurie… Tous les rappels, peu subtils soient-ils parfois, sonnent le glas d’une époque fractionnée. A l’image, le paradoxe se confirme par une photographie douce, colorée, et une rigidité des plans avec une recherche constante de symétrie. Le personnage de Paulette se retrouve souvent au centre, dans toute la symbolique que cela induit : au centre des regards, du drame, de l’attention du charmant avocat André Grunvald (Edouard Baer).

Un casting original et convaincant

Le réalisateur Martin Provost porte un regard tendre sur ses actrices, qu’il ne juge ni ne condamne. Chaque personnage est dessiné avec une complexité de sentiments, d’idéaux, d’envies. Ni toutes lisses ni profondément révolutionnaires, les tenancières de la maison comme leurs résidentes ont des personnalités drôles et attachantes. Paulette va rapidement intégrer ce souffle de féminisme qui semble se répandre sur toute l’institution. Si la comédie peut sembler un peu légère, elle s’agrémente de passages justes et truculents. La scène de Bonjour Madame, émission en vogue à l’époque, retranscrit avec piquant les émissions cherchant à dorer l’image de la bonne ménagère. Armelle trouve parfaitement sa place en présentatrice parisienne, qui marque le décalage entre la capitale et la province. La none Marie-Thérèse qui fume et tire au fusil ajoute du burlesque au récit, avec une Noémie Lvovsky au meilleur de sa forme. Evidemment, on souligne la justesse de Juliette Binoche, tirée à quatre épingles et dont l’élocution rythme son jeu d’actrice.

Paulette Van Der Beck (Juliette Binoche) et soeur Marie-Thérèse (Noémie Lvovsky)

En conclusion, La bonne épouse est une comédie rafraîchissante, qui renverse assez vite son propos initial. Un bon moment en perspective.

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