Dark Waters de Todd Haynes

Le téflon, révolution ou plus gros mensonge industriel de l’Histoire ?

Qui ne dispose pas aujourd’hui d’une poêle en téflon dans ses placards ? Élaboré aux États-Unis et déposé par la marque Tefal en 1956, le téflon – scientifiquement appelé téflon-tétra-fluoroéthylène – révolutionne les cuisines du monde entier. Mais près de ses usines mères en Virginie-Occidentale, aux Etats-Unis, d’étranges événements se produisent. Les habitants développent des maladies infectieuses, leurs dents se noircissent, l’eau des rivières rend les pierres anormalement blanches… Face au comportement déviant de ses animaux, le paysan Wilbur Tennant décide d’agir. Il frappe alors à la porte du cabinet de Robert Billot, avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. L’enquête débute.

Bill Camp en Wilbur Tennant et Mark Ruffalo en avocat Robert Bilott pour le film de Todd Haynes DARK WATERS
Bill Camp incarne Wilbur Tennant (gauche) et Mark Ruffalo l’avocat Robert Bilott (droite)

Todd Haynes (Carol, I’m not There) invite l’ambiance glaciale d’un bureau d’enquête sur le plateau. Wilbur Tennant (Bill Camp) sème petit à petit le doute chez Robert Billot (Mark Ruffalo). Convaincu d’un danger réel qui ère autour de cette ville, il s’enlise dans une enquête sanitaire, envers et contre tous. D’abord admiré pour sa ténacité, l’avocat va rapidement perdre le soutien de ses compères, et, pire, de ses proches. Après tout, qui est-il pour oser affronter à lui seul le géant industriel DuPont, qui semble avoir conquis le cœur des politiques, des foyers et des commerçants ?

Robert Billot, l’avocat seul contre le géant DuPont

La spirale infernale dans laquelle va se plonger R. Billot nous happe en tant que spectateur, car nous comprenons l’enjeu de cette lutte d’ampleur internationale. Ces images froides et brutes nous rappellent Spotlight (2015) ou encore Argo (2012).

Dans cette ambiance anxiogène brille l’acteur Mark Ruffalo, incarnant un avocat engagé moralement et physiquement dans cette quête de la vérité. L’ambiance générale du polar est admirablement reconstruite : tantôt dans des atmosphères lourdes, où la paperasse encombre le regard du spectateur et les lumières saturées viennent isoler le personnage principal, tantôt par des respirations maigres d’une population incrédule et spectatrice de sa propre fin. Todd Haynes use de nombreux procéder pour forcer le trait d’une enquête opaque, où de nombreux éléments viennent ralentir les essais de l’avocat.

Film éminemment politique et sociétal, Dark Waters rend compte d’un fait divers glaçant : nous sommes parfois, nous citoyens, admirablement mis de côté pour servir des intérêts purement économiques. Une réalité sombre qui s’inscrit dans une véritable problématique actuelle : sommes-nous tous porteurs de cette molécule chimique ? La réponse condamnera davantage les géants de l’industrie. A voir.

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