Dis-moi que tu as froid
que tu veux reprendre un café
dans ce bar glauque de ce quartier mal famé
Qu’on s’en moque de tous ces gens qui nous regardent du coin des yeux
Toi avec tes mitaines trouées et ton rire d’enfant simplet
Moi et mes mains diaphanes aux phalanges teintées de bleu
–
Dis-moi que tu es triste
Assis seul au comptoir
N’ayant pour compagne qu’une bière un peu trop fade
Que tu te grises, muet, jusqu’à m’imaginer
Assise auprès de toi, bouche close et jambes croisées
Et que nous nous quittons, enfin, sans un regard
–
Dis-moi que ça te ronge
Que nos fantômes heureux te rappellent l’innocence
Qu’ensemble, nous rêvions d’user pleins d’essence
Dans une voiture cartonnée d’une enseigne suédoise
Qu’après tout les souvenirs sont fait pour s’oublier
Si loins, paraissent-ils, que nous avons changé
Balayant notre histoire et effaçant l’ardoise
–
Dis-moi que tu es las et extirpe-moi la pareille
Jurant, tenant ta croix, que tu me voyais vieille
Assise à tes côtés sur ces banquettes usées
et dis-moi, enfin, que tu m’as oublié.
Adieu, et à demain.
•
© Pour le dire
