Les Palmes du Festival de Cannes ont souvent de quoi intimider. Élitistes, codifiées, parfois complaisantes, elles semblent jouer un jeu réservé à un cercle restreint, loin du grand public. Mais avec Anora, Sean Baker brise cette barrière. Il réussit l’exploit rare de rassembler cinéphiles, professionnels et curieux, et les faire rire ensemble.

Ani, ou Anora

Anora, ou Ani pour les intimes, est une jeune femme entre deux mondes. La nuit, elle performe dans un bar de strip-tease. Le jour, elle rentre à Brooklyn pour retrouver une vie modeste, avec sa sœur. Son quotidien est bousculé par un jeune russe du nom de Vanya, qui lui fait miroiter une vie de princesse.

Sean Baker pose un regard tendre sur la jeunesse, orpheline et livrée à elle-même. Bien que différents, Ani et Vanya se retrouvent dans leur solitude. L’une rêve d’un conte de fée, l’autre veut vivre l’excitation d’une rencontre extravagante. Mais l’idylle se transforme en course poursuite lorsque les responsabilités de Vanya le rattrape, emportant le film dans un tout autre registre, de l’ordre du comique voire du burlesque. On pense alors aux films de Wes Anderson, tant les personnages sont aussi déconnectés qu’attachants. 

La jeunesse sans jugement

La fougue de la jeunesse pailletée, par le showbiz ou par le luxe, pose alors son empreinte sur tout le film. Beaucoup comparent Anora avec Pretty Woman. Mais Sean Baker nous dépeint ici beaucoup plus de noirceurs dans les traits comiques de ses dialogues tout en mettant de l’épique dans de toutes petites scènes. Moins binaire, plus subtile, Anora est un petit bijou qui emportera certainement toute une jeunesse qui voit en Ani ou Vanya les tares de sa génération et toute la candeur de cet âge tendre. Tout cela porté par la royale Mikey Madison, au jeu impressionnant de détails et de nuances. À voir.

Photographies © Anora Productions
© Pour le dire