En famille, dans la vie professionnelle, seul ou accompagné, l’autoportrait est un genre qui s’installe dans notre société actuelle. Culte de la personnalité, expression artistique ou quête de l’immortalité ? L’exposition du Musée des Beaux Arts retrace les époques pour nous prouver qu’un autoportrait se singularise non plus seulement par les traits du visage qu’il retranscrit, mais par la diversité des techniques et des mouvements artistiques qui seront empruntés.

 
L’autoportrait 
Aux moyens du crayon, du pastel, de la lithographie, de la peinture, les portraits soufflent dans nos oreilles de spectateurs que chaque artiste aura son mot à dire. Ainsi, le groupe d’expressionnistes allemands Die Brucke, qui exprime ce besoin de radicaliser la face lisse de l’homme, de foncer les traits, les multiplier, que chaque veine se ressente sur le tableau. Le regard est ainsi attirer par ces couleurs, fortes, qui nous semblent dénoncer à la place des mots le caractère implacable d’un Ludwig Meidner ou d’un Erich Heckel. Des têtes démesurées dodelinent sur des corps maigres, des visages difformes semblent être en mouvement. Le caractère de l’artiste transperce la toile, le portrait ne s’arrête plus seulement sur sa physionomie propre.
 
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D’autres au contraire, préfèrent se tourner vers des tons plus doux, du pastel ou layette, comme pour nier l’emprise et les marques du temps sur leur visages de jeunes hommes – il s’agira essentiellement d’autoportraits d’hommes, certaines femmes sont présentes en revanche dans des portraits de groupe -. Le XVIII ème siècle est donc un tournant artistique, qui tend vers le changement des codes ou la négation du temps. A chaque mouvement artistique se trouve un combat contraire, aux mêmes moyens que le genre littéraire. 
 
La quête de l’éternel
L’exposition De Rembrandt au Selfie nous questionne donc sur la véritable motivation de l’artiste à réaliser des autoportraits : créé-t-il pour sa gloire personnelle ou pour laisser aux autres une trace de son passage ? L’exposition met en parallèle le travail de l’artiste et sa condition, dans la société comme dans l’univers. Le statut de portraitiste va dévoiler une nouvelle dimension à l’autoportrait, faisant basculer la sphère privée de ces créations vers une publicité de l’autoportrait. 
 
Le Musée des Beaux Arts dispose les oeuvres en croisant la particularité des époques et des genres. Il évite ainsi la multiplication des visages et donc la lassitude de son visiteur. A travers certains visages se dessinent des époques, des contextes. L’artiste peut être saisi dans l’acte de création comme s’effacer humblement de l’autoportrait. Il créé parfois une proximité avec son spectateur ou choisit au contraire de fuir son regard, dans une mise en abîme de lui-même ou en ne se dessinant qu’en simple croquis, comme Matisse. Les objets qui l’entoure vont alors jouer un rôle essentiel dans la construction de l’autoportrait. Ainsi, au fil des couloirs de l’expositions, nous passons de visages en plan rapproché, à un plan d’ensemble dans un cercle familial – comme pour un devoir de mémoire, de transmission auprès de ceux qu’il aime -.

(c) DACS; Supplied by The Public Catalogue Foundation

La disparition même de l’artiste au profit d’une représentation de sa personne en objets singuliers va également être un tournant majeur dans la pensée de l’artiste face à sa condition. Samuel Van Hoogstraten exprime parfaitement ce choix dans Nature Morte en Trompe l’oeil, condensé de ses affaires préférées. L’artiste sait alors qu’il est aussi fragile que les objets qu’il utilise, et est voué tout comme lui à l’usure. Certains artistes choisissent explicitement la représentation de natures mortes ou de crânes sur leurs propres autoportraits, les obligeant à faire face à ce qui fane et à la mort. 
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La vie moderne
Comme introduit précédemment, le portrait s’inscrit dans une époque. Les années 40 seront le berceau des nouvelles technologies. Adieux natures mortes et proches en nombre infini, les automobiles et usines performantes vont s’inviter dans des portraits, aux allures de propagande. Un moyen également de se figer dans l’histoire et de ne pas oublier ou faire oublier le changement de société dans lequel l’artiste aura muté. La modernité se lie intrinsèquement au changement des mœurs. De plus en plus de femmes vont figer leur visage sous le format argentique. D’autres artistes vont choisir le corps nu plutôt que le visage, à nu lui aussi. L’autoportrait n’est donc plus réservé à une partie de son corps, mais à un choix de montrer ce que l’on a envie de montrer, de choisir la pudeur, la timidité, la contestation ou le choc.
L’autoportrait montre ainsi qu’il empreinte continuellement des chemins différents, selon l’artiste ou son époque.
 Clara Passeron
De Rembrandt au selfie, Musée des Beaux-arts de Lyon, 2ème arrondissement