J’aime les romances. De l’éternelle avec Titanic, de la tragique avec Pepe le Moko, de la tourmentée dans Eternal Sunshine of a spotless mind, de la passionnée dans N’oublie Jamais, de la folie douce dans Diamant sur canapé. Malheureusement, ce genre est avec le temps devenu le nid privilégié des réalisateurs précautionneux, vides de propositions, qui puisent en ses têtes d’affiches toute la monétisation de leurs noms. Les papillons dans le ventre, la projection d’une idylle dans notre quotidien un peu gris, les romances sont censées nous créées des émotions, nous surprendre. Avant toi, c’est tout l’inverse. Des personnalités antinomiques qui se rencontrent et commencent par se détester, pour souligner que ces deux là trouveront en l’autre ce qu’il désire au fond de lui. Louisa, naïve et colorée qui s’amourache de Will, cynique désabusé. La joie et le désespoir. Facile. Mais jusque là, cela pouvait encore marcher.
La réalisatrice allonge le cliché jusqu’au presque comique. On trouve là tous les bons ingrédients d’un drame romantique pour jeunes filles en fleurs : l’homme taciturne traîne par boulets ses vieux démons, son handicap, sa frustration. Louisa lui redonne confiance en lui par à-coups. Et la suite, vous la connaissez. Du point de vue scénaristique, le boucle se ferme assez rapidement.
Le film gravite cependant au dessus du fiasco grâce à la qualité de ses acteurs. Emilia Clarke, connue pour son rôle de femme puissante dans la série Game of Thrones, revêt un tout autre statut en interprétant dans la justesse et dans les traits la maladresse d’une jeune fille sans rêves. L’actrice permet de créer un infime lien entre le spectateur et le long-métrage mielleux par une candeur attachante, où l’on aurait presque envie de lui souffler des mots gentils pour lui redonner courage. Janet McTeer, qui interprète la mère de l’adolescent furieux, magnifie la demeure dans laquelle remuent un Sam Claflin attendu et un Charles Dance hésitant. La pureté de son jeu et le regard de l’épouse et de la mère fragile, risquant de se briser à chaque instant, nous soulèvent quelques battements de coeur.
L’image et les plans marquent également un bon point. Le film saisit la lumière et s’aide des décors de la campagne britannique et du charme balnéaire pour peindre de jolies mises en scènes. La forme nous console du fond, et élève certaines conversations qui pâtiraient d’un simple soupir sans la beauté de l’environnement.
La réalisatrice Thea Sharrock perce d’éclats cette romance bien trop plate grâce à quelques pépites, mais ne restera pas dans les mémoires. Gardez plutôt votre après-midi pour jouir de votre propre vie, sûrement plus rebondissante que la leur, malgré tous leurs efforts.
Avant toi, juillet 2016
