Personne n’a été épargné tant le marketing du film Barbie de Greta Gerwig (Ladybird, Little Women) a tout raflé sur son passage. De l’industrie musicale avec des titres inédits comme celui de Dua Lipa, Dance The Night, qui fera danser les Barbie dans la première partie du film, ou celui plus profond et mélancolique de Billie Eilish qui accompagnera plutôt la seconde partie du film What was I made for?. Alors, que vaut le film de la réalisatrice made in Hollywood ?
Barbie dans le métavers
Thématique populaire de cette dernière décennie, le métavers séduit les scénaristes par une grande souplesse d’écriture et de possibilités créatives. Donner vie aux objets de notre quotidien, emprunter des tunnels temporels, convier l’imaginaire au monde réel, les schémas sont infinis. Greta Gerwig a décidé d’affronter une icône de notre enfance : la poupée barbie. Arrivée dans les années 1960 aux Etats-Unis, Barbie est imaginée par la femme du créateur de la société de jeux et jouets Mattel, Ruth Handler. Elle emprunte les caractéristiques physiques de la poupée allemande Bild Lilli, développée en 1955. Ces poupées changent alors le quotidien des jeunes filles qui se séparent du poupon à câliner et à dormir pour des poupées aux jambes longilignes et aux lèvres rose, indépendantes car aux 1000 métiers et admirées pour leur beauté universelle bien que stéréotypée.

Ken (Ryan Gosling) et Barbie (Margot Robbie) © Warner Bros PicturesAlors, 60 ans plus tard : Barbie a-t-elle causé plus de tort ou de bien ? Barbie, depuis son monde coloré et féérique, est convaincue de jouer un rôle clé à l’éveil des consciences, en ouvrant l’appétit de ses jeunes détentrices pour qu’elles deviennent des femmes fortes, indépendantes, solidaires. Mieux : chaque jeune fille, à l’image de sa Barbie, peut devenir qui elle a envie d’être. Seulement, on connaît notre réalité : les jeunes filles ou les jeunes femmes d’aujourd’hui sont loin de baigner dans le rose et l’impartialité.
Un univers fantastique et multi-référencé
Greta Gerwig est allée piocher dans de nombreuses références cinématographiques pour recréer un monde et des personnages colorés. La photographie aux couleurs saturées empruntent au genre de la comédie musicale (de Lalaland aux Parapluies de Cherbourg, en passant par Chantons sous la pluie), le côté désuet, candide des personnages nous rappelle la parisienne idéalisée aux grands chapeaux Holly Golightly dans Diamants sur canapés, interprétée par Audrey Hepburn ou de Lola, de Model Shop de Jacques Demy.
Les chorégraphies et les batailles d’ego entre personnages tirés à quatre épingles nous soufflent un air de Grease. La cour du lycée Rydell est comparable à la plage de Barbie, où tout son petit monde se retrouve, s’admire ou se défie. On pense aussi à The Truman Show dans l’idée d’une grande scène de théâtre, où voisins et voisines échangent quotidiennement des sourires éclatants sans profonds discours.

Les Barbie à la plage © Warner Bros PicturesLe choix des artistes avec lesquels Greta Gerwig collabore fait partie intégrante du message. On retrouve les personnages principaux de la série britannique Sex Education (avec Emma Mackey en Barbie, Ncuti Gatwa en Ken, Connor Swindells en jeune employé chez Mattel) qui a bousculé de nombreux codes par des messages forts sur la sexualité, l’identité, le genre. La comédienne Kate McKinnon aborde avec justesse et fantaisie une Barbie marginale, décalée, forte, semblable aux films qu’elle porte depuis plusieurs années. Le rôle d’Alan, un homme du monde de Barbie qui n’est pas un Ken, est attribué à Michael Cera, que l’on connaît pour ses rôles délirants, fantasques et touchants.
La B.O auréole notre nouvelle génération de musiciens et interprètes : Billie Eilish, Lizzo, Charli XCX, Dominic Fike (excellent aussi dans la série Euphoria) Dua Lipa, ou encore Doja Cat. Mais la cinéaste n’oublie pas non plus les artistes féminines emblématiques des chansons féministes, pop et sucrées de notre jeunesse avec les Spice Girls, Cindy Lauper, Olivia Newton-John et Dolly Parton. En bref, une table d’artistes à laquelle on rêverait d’être convié.

Weird barbie (Kate McKinnon) © Warner Bros PicturesFéminisme, question du genre et quête d’identité
Si l’on voit sans subtilité que le film porte le sujet du féminisme comme étendard, nous percevons à travers le personnage clé de Ken, interprété par Ryan Gosling, qu’il y a d’autres choses à gratter. Chaque arrivée d’homme est une parade : il faut séduire Barbie, être drôle, affirmer sa force sans en faire trop, répondre présent tout en feignant d’être occupé. Ces personnages masculins, stéréotypés eux aussi, donnent un regard sur l’étouffement et le piège de la masculinité toxique imposée aux hommes. Greta Gerwig s’empare du sujet avec une certaine objectivité en ouvrant la piste du machisme à un Ken qui n’y avait jamais pensé et y voit une opportunité pour être validé celle qu’il aime. Satyre sociale des mâles alpha sur-protéinés, usant à gros coups de sabots de leurs privilèges masculins, la plume agile de la réalisatrice dessine ici un portrait touchant d’un homme dépassé, en manque de repères et d’amour. Un parti pris humoristique en réponse à certains agissements masculins.

Barbie dans le vrai monde © Warner Bros PicturesDans cette quête absolue d’identité, Barbie et Ken se donnent tour à tour le micro. Barbie porte évidemment le message pionnier de la candeur qui confronte la dure réalité : un monde où femmes et hommes ne semblent pas partager la même estrade sociale, où la sororité éclot tout juste, où les écarts de salaires subsistent et où le mal-être, l’anxiété et les angoissent gagnent de plus en plus de gens. Elle va devoir alors affronter les jugements à son égard et redonner du courage à celles qui ont baissé les bras. Ken, quant à lui, reste convaincu qu’il n’existe qu’aux yeux de sa dulcinée. En tentant un pas de côté vers le patriarcat, qui ne lui réussit pas, il commence alors à réaliser qu’il faut d’abord qu’il vive pour lui-même, en dehors du Barbie gaze. L’émancipation guide donc les personnages, en tentant pour l’un de la répandre comme adage et pour l’autre, de se l’approprier.
Barbie : la conclusion
En conclusion, Barbie porte de beaux messages et n’est pas aussi niais que l’on pourrait penser. Greta Gerwig confirme qu’une plume libre et inspirée met au défi les codes classiques des super-productions hollywoodiennes. L’humour est roi et permet de convaincre les spectateurs sceptiques, tandis que le fond tranquillise les âmes des impatients venus goûter à la fois à la fraîcheur des films de Greta Gerwig et à la douceur de leur enfance. À voir.
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Photographies : © Warner Bros Pictures
© Pour le dire
