Bailey croise la route de Bird (Franz Rogowski) alors qu’elle est en fuite. Ce qui se construit comme un coming-of-age movie (genre dans lequel le héros, adolescent, découvre les responsabilités de la vie d’adulte) devient alors tout à fait autre chose par l’extrême soin apporté aux détails et au sensible.

La sensibilité d’Andrea Arnold pour le trivial

Dans Cow, documentaire sorti en 2021, la réalisatrice invitait le spectateur dans le quotidien d’une vache laitière. “Quand je regarde Luma, notre vache, c’est notre monde que je vois à travers elle.” disait la réalisatrice. Bird, son dernier long-métrage, est l’expression de ce même amour pour le trivial sublimé. Le trivial – dans le sens du banal – ce sont ces hommes et femmes qui s’évertuent à trouver du beau dans le tragique, à créer des cercles d’outcasts dans une société qui les méprise. 

Des acteurs touchant de vérité

Tous et toutes ont leur monde intérieur, de la fille, Bailey (Nykiya Adams), fascinée par les êtres volants, du père célibataire (Barry Keoghan), romantique naïf qui s’efforce de faire de son mieux, au demi-frère (Jason Buda) qui veut être un bon père pour sa petite-copine enceinte. Jusqu’à la mère de Bailey (Jasmine Jobson), dont les premiers traits sont cruels mais qui a sans doute ses raisons d’avoir écarté sa fille de son toit. 

Film d’auteur hybride entre le drame et le fantastique, Bird a une odeur, une texture. Notamment, parce qu’il est entièrement filmé à la pellicule. La partition onirique Burial ajoute aussi à cette texture. Andrea Arnold nous convie, tout comme son héroïne, à attraper les petits signes de la vie. A se saisir des messages tagués, apprécier le vivant qui nous entoure. Choisir le verre à moitié plein. 

“- It’s beautiful.
– What is ?
The day.”

Photographies © Atsushi Nishijima
© Pour le dire