Melissa (Hafsia Herzi) est mutée en Corse comme surveillante pénitentiaire. Si elle maîtrise rigoureusement son métier, l’intégration en Corse semble être plus difficile. Elle aborde brièvement ses soucis à l’un des détenus. Les jours qui suivent, ses tracas du quotidien s’estompent. Une vie plus tranquille semble alors se dessiner pour elle et sa famille. Plus tranquille… Vraiment ?
La mise aux enchères des services
Après La Fille au bracelet, sur le quotidien d’une jeune fille accusée du meurtre de son amie, le réalisateur Stéphane Demoustier revient avec un sujet sombre sur le milieu carcéral et pénitentiaire. Ses règles tacites, ses codes, nous plongeons dans le quotidien des détenus et du personnel tout autour. Mais la prison semble être une loupe des codes mafieux. Chaque service rendu n’est jamais anodin.

Le film explore ainsi la lente et vicieuse manipulation des procédés mafieux en prenant comme terrain d’exploration la Corse. Un choix qui n’est pas anodin tant l’île ajoute à l’intrigue une sensation d’enfermement, de piège. Les rouages sont bien rodés : à service rendu, même non sollicité, faveur peut être demandée. Mélissa, jusque-là parfaitement intègre dans son métier, se voit alors contourner quelques codes moraux qu’imposent sa fonction. Ces petits riens, comme des services sans importance pour la plupart d’entre nous, imposent alors son camp. Pourra-t-elle revenir en arrière à sa guise ?
Borgo : un thriller éprouvant
Borgo revêt alors les codes d’un bon thriller. Un protagoniste présenté sans vices et qui va devoir s’armer de ruse pour se frayer un chemin de sortie. Le cadre du milieu carcéral s’ajoute au cadre géographique de l’île, créant un double enfermement pour Mélissa. Le rythme est soutenu, la tension psychologique grandissante, et le spectateur se demande alors quelles têtes vont tomber.

Le réalisateur Stéphane Demoustier a habilement choisi ses acteurs. Les protagonistes sont pour la plupart interprétés par des comédiens originaires de Corse (Anthony Morganti, Louis Memmi, Henri-Noël Tabary, Cédric Appietto…) autour desquels s’articulent les autres comédiens Hafsia Herzi, Moussa Mansaly, Michel Fau, Pablo Pauly et Florence Loiret Caille. Un choix intéressant, qui permet de creuser intimement l’écart entre ceux qui cherchent à déceler les codes et ceux au cœur du système. Chacun apporte son humanité dans le rôle, avec toute la subtilité qu’impose le talent naturel.
De regards innocents à la trahison, d’amitiés naissantes à ennemis potentiels, nous sommes immédiatement emportés par cette loupé posée sur un sujet bien mystérieux. Louis Memmi, jeune mafieux ambigu, est la révélation du film. Menant le double-jeu sans froncer un sourcil, son visage aux traits juvéniles cache bien ses desseins. Le réalisateur Stéphane Demoustier nous emporte dans une spirale sombre à deux issues : réussir ou (se) perdre. A voir.

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Photographies : © Le Pacte – Petit Film – France Televisions
© Pour le dire
