Une nouvelle année, ce n’est parfois qu’un jour de plus dans cet affolement médiatique qui s’opère depuis plusieurs mois déjà. Des conflits qui ne cessent de nous affecter. Puis, le sentiment terrible de sentir qu’ils ne nous saisissent plus aux tripes comme les premiers. L’horreur a-t-elle une jauge ? L’indifférence face à la mort peut-elle alors en résulter ? Y a-t-il une frontière à ce qui nous touche ? Au plus près le plus mal, au plus loin le banal.
Il faut donc travailler sur ce qui nous définit en tant qu’Homme de cette société, s’affairer d’y apporter une part. Celle du Colibri, disait Pierre Rabhi, un simple geste pour le vivre ensemble, une main tendue à l’inconnu.e. Et s’affranchir de la peur qu’on nous tape en retour.
Car la peur, c’est le plus terrible. C’est ce qui nous tient en alerte. À l’affût du du moindre cri, du moindre geste. Du basculement qui nous enlèvera une part d’humanité. Il est important d’en parler, d’écrire, de penser, pousser son opinion en dehors des rangs. Débattre, toujours. D’obtenir de l’espoir dans ce qui nous attend. Et si l’horreur frappe à nouveau à notre porte, l’accueillir armés de patience, car la vie gagne toujours.
À l’aube de la Révolution Française, Jacques Delille, Abbé, poète et membre de l’Académie Française (1774) écrivait ces quelques vers. Elle arrive sûrement maintenant, notre Révolution. Mais elle sera sans frontières.
C’est peut-être gentillet, un peu candide de croire que des mots combattent le sang, mais l’écriture a de vertus qu’elle nous permet de partager, d’agir à notre façon, d’apprendre et de comprendre, et ne plus regarder, chaque jour, impuissant et impassible, des villes s’écrouler. Notre chance aujourd’hui, c’est de pouvoir crier, et qu’on nous entende. L’écriture est votre arme, et l’ouverture au monde une force.
Heureuse année 2017.
Clara.
Épître à Jacques Delille, 1782 (Extraits)
Ces jours furent sanglants, affreux, mais désormais
Périsse enfin la haine au cœur de tout Français
Périssent jusqu’aux noms de ces monstres sauvages.
Et pour vaincre leur haine et tant de nations,
La France a mis sa cause aux mains des passions. 
Montrez-moi nos héros, nos bienfaiteurs, nos sages; 
Lavoisier, méditant au fond de sa prison;
Socrate, sous les traits du juste Lamoignon;
Bailly, couvert de boue et souffrant sans murmure;
Sombreuil, par ses vertus consolant la nature,
Voilà, voilà les noms que j’aime à retenir
D’autres les apprendront aux siècles à venir,
C’est à toi de nous peindre, en tes vers si rapide,
Les rapides exploits de nos jeunes Alcides,
Tant de périls bravés, tant de tourments soufferts,
Et l’Arabe vaincu jusque dans ses déserts.
Le croirai-je, qu’au lieu de ces chants héroiques,
Tranquille, sous l’abris des chants hélvétiques,
Tu venais tous les jours, près du Rhin embrasé,
Sous le foudre ennemi voir Huningue écrasé,
Suivre dans l’air en flamme, avec des yeux débiles,
Ces comètes d’airain qui renversaient nos villes
Tu pleures, je le sais, plusieurs infortunés,
Qu’un injuste trépas à trop tôt moissonnés;
Je conçois ta douleur, l’admire, la partage,
Mais qui n’a dû pleurer après ce long orage ?
Ils sont punis des maux qu’ils nous ont faits,
Ces tristes exilés, qui furent des Français.
D’autres ont conservé le feu sacré des arts,
Ta patrie est encore digne de tes regards.