Il y a, dans le cinéma asiatique, une certaine poésie sombre. Un mystère, dont l’Européen curieux voudrait se saisir. Pourtant, la finesse du ton nous renvoie à notre position de spectateur amateur. Tais-toi. Regarde. Oublie-toi.
Decision to Leave : une enquête aux bords nébuleux
C’est une histoire vieille comme le monde : un personnage enquête sur un autre personnage et tombe petit à petit dans une forme d’admiration, de profonde inclinaison, qui le piège dans une relation éprouvante moralement.
Jang Hae-joon est un enquêteur assidu, qui traite son insomnie par des rondes nocturnes et des pensées incessantes. Cette dévotion presque malsaine ne semble pas atteindre sa vie de couple, qui accueille les moments à deux du mieux possible. Qu’ils soient fréquents ou ponctuels. Mais une nouvelle affaire vient plonger Hae-joon dans une toute autre dimension… Reflet, en abyme, d’une autre tournure que prend le film. D’une enquête policière arrive une romance, timide, sombre, mystérieuse. À l’image de celle qui l’incarne : Song Sore. Mais qui est cette jeune femme, d’origine chinoise, qui se défend d’un coréen littéraire presque trop soutenu pour être parlé ?
Alors que Hae-joon enquête sur la mort mystérieuse de son mari, c’est vers cette dernière que va se tourner sa curiosité. Est-elle seulement une femme au charme indicible, ou cache-t-elle de plus sombres desseins ?

Un thriller poétique doublée d’une magnifique bande-originale
Dans le cinéma, tout n’est pas que discours. Il y a aussi les regards, la musique, l’image, la lumière, ce que peu d’autres arts sont capables d’amener simultanément. Decision to Leave n’est pas qu’une simple enquête dont l’intrigue se meut en histoire d’amour impossible, il est aussi un moment d’élévation, qui plonge le spectateur dans un paradoxe étrange. Nous sommes ancrés dans l’enquête, celle du meurtre d’un homme, mais participons aussi à l’éclosion de sentiments mobiles, vacillant entre la curiosité, la fascination, l’hostilité, l’inclination. Des émotions colorées qui vont de paire avec le décor : nous passons de la rue poisseuse des bas quartiers de Corée du Sud aux pièces exiguës d’un appartement ou d’un bureau, puis aux horizons sans fin de la mer ou de la montagne. Cette multitude de décors fabriquent alors un film hors du temps, hors d’un lieu, hors d’un cadre. Là est le génie de Park Chan-Wook.

Accompagné du compositeur Yeong-wook Jo, le cinéaste construit donc un film tendre dans sa noirceur et son genre. La musique nous rappelle alors ces moments de flottement avant le drame. Comme une épée de Damoclès, un couteau suspendu. S’il est question de crimes, de sang et donc – probablement – de mensonges, une histoire pure se surélève au-dessus des ruses. Comme pour nous dire, par les sons ou par les mots, que l’amour s’élève au-dessus de tout. Même du pire.
À voir.
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Photographies : © Bac Films
© Pour le dire
