Réalisé initialement par Laurent Cantet puis achevé par Robin Campillo, Enzo vient de sortir en salles de cinéma. Et quel beau projet. On sent l’intime, on sent l’écriture à la fois sensible et de lutte sociale, comme tous les films de Laurent Cantet. Enzo est un garçon de bonne famille, mais n’en veut ni les codes ni le confort. Il veut devenir maçon. Il commence alors un chantier vers chez lui, à La Ciotat, où il fait la connaissance de deux ouvriers ukrainiens à peine plus âgés que lui.

Outre le chemin évident de l’émancipation familiale, dans un transfuge de classe inversé à ce que l’on a l’habitude de voir au cinéma ou de lire dans les romans, le film suit une dynamique de la découverte de soi, de la bataille profonde de l’âge adolescent. Souvent, les questions, le malaise, les sentiments brûlent sous notre langue. On a envie de crier avant de comprendre. Enzo est un garçon taiseux, intelligent, dont la caméra suit le corps évoluer dans un paysage d’été qui ne semble pas lui correspondre. La naturalité du film crie sur tout ce luxe, même s’il n’est pas ostentatoire. Juste, là.

La justesse des interprètes renforce l’ancrage réaliste du récit : Eloy Pohu, remarquable de retenue dans le rôle d’Enzo, incarne un silence chargé de désir. Face à lui, Pierfrancesco Favino et Élodie Bouchez composent un couple bourgeois à la fois aimant et désarmé. Sans oublier les comédiens Maksym Slivinskyi et Vladislav Holyk autour desquels Enzo semble apercevoir les prémices d’une autre réalité. Et de sa réalité, à lui.

À voir. 

Photographies © Les Films de Pierre – Les Films du Fleuve
© Pour le dire