Le documentaire “Ernest Cole. The Photographer” collecte des archives réhabilite avec force l’œuvre d’un artiste d’origine sud-africaine au destin à la fois extraordinaire et douloureux.

L’œil de l’exil

Son combat, il le mène de ses vingt ans jusqu’à sa mort, en 1990, à travers l’œil de sa caméra. Son œil juste, droit, pas misérabiliste, retranscrit l’apartheid dans une société rongée par les inégalités, où la mention “Europeans only” n’est qu’un panneau de plus dans une aire de jeux pour enfants, où les places des bus ne sont réservées qu’aux hommes blancs, où les domestiques travaillent 7/7j, sans un merci ni le droit de se plaindre. Et tout ceci existait encore il y a 50 ans.

Raoul Peck dépeint cette vie d’exil à travers une série de photographies et d’images d’archives. Ernest Cole, qui a longtemps eu la sensation amère de “chroniquer la misère”, décrit son mal être perpétuel à travers des clichés de scènes quotidiennes. Car quoi de plus percutant que ces instants saisis où tout semble paisible, mais qui cachent l’horreur de la ségrégation ?

Capturer les vies restreintes

Ces vies restreintes; et la sienne en sera le témoignage par une maladie qui le saisit à l’âge de 49 ans; sont des pièces importantes dans le puzzle de notre histoire, comme un rappel à l’ordre de ne pas oublier que d’autres humains avant nous ont été capables des pires atrocités. Le documentaire de Raoul Peck est certes un peu lisse dans sa forme, mais le fond nous maintient éveillé par le sentiment de révolte qu’il attise.

Photographies © Condor Distribution – Ernest Cole
© Pour le dire