Samuele a 12 ans. Son quotidien est celui d’un enfant de son âge : aventureux, fugace et fragile. Son terrain de jeu et d’apprentissage, lui, est tout à fait singulier. Samuele vit avec sa grand-mère à Lampedusa, une île italienne qui recueille des centaines de migrants en quête de liberté chaque jour, chaque nuit. Leur traversée, longue et sinueuse, s’apaise le temps de quelques jours sur cette petite terre symbole d’un nouveau cap franchit. Gianfranco Rosi part à la rencontre des acteurs humbles autour de l’immigration de Lampedusa. Veilleurs, médecins, sauveteurs, hébergeurs, tous ne respirent que d’un seul souffle pour tenter de réduire le nombre de victimes causées par ces traversées.
Le réalisateur confronte ainsi ces deux mondes aux rapports qu’ils entretiennent avec la mer. Le jeune garçon et son besoin d’appréhender la mer pour pouvoir explorer, et plus tard travailler, et ces hommes et femmes qui en reviennent, continuellement, éprouvés par leur quête inflexible de la liberté.
Gianfranco Rosi signe un film taiseux et céleste sur un sujet très médiatique. On s’évade à travers l’univers de Samuele. On s’étonne de sa sensibilité, lui qui martèle à coups de lance-pierres des cactus et qui les répare ensuite. Il blesse, il répare. Il y a déjà là une part de responsabilité sur les actes de l’enfance, lui qui ignore tout de l’horreur vécut par un canot débordant de familles qui s’écroulera sur un sable épais à quelques kilomètres de sa maison. Nous avons tout au long du film ces deux contrastes qui se superposent adroitement, passant sur grand écran de l’ombre à la lumière selon le sujet filmé. Entre témoignages puissants, voilés de chants fédérateurs et récits d’un combat perpétuel, la caméra pose un oeil averti sur les raisons qui poussent toutes ces personnes à quitter leur pays natal. Les regards appuyés en direction de cet objectif intrusif nous heurtent de véracité. Nous ne pouvons nier, nous ne pouvons fuir. Le réalisateur travaille précisément sur l’image : ce sont ces visages que nous nous devons de retenir. Le jeux systématique du clair/obscur aiguille leur destiné : certaines seront heureuses, d’autres courtes. Gianfranco Rosi évite le misérabilisme qui aurait fait de ce long-métrage un documentaire choc. Il prend plutôt appui sur l’optimisme et les rêves de chacun – dont ceux de Samuele et de sa grand-mère -, et habille les silences de sagesse et de poésie.
Au Comoedia, septembre 2016
