Après un braquage qui tourne mal, Connie Nickas tente à tout prix de libérer son frère Nick, un jeune homme handicapé renfermé sur lui-même vouant une confiance aveugle envers ce dernier. Une confiance qui va le mener au pire : la prison, sa brutalité, sa corruption. Connie se met en tête de réunir les 25 000 dollars de caution en une nuit, qui deviendra sa descente aux enfers.
La première scène s’ouvre sur Nick Nickas, piégé par la maladie et l’aphasie, qui incarne l’innocence dans ce long-métrage. Étonnant, donc, le film se termine également sur son visage, entre deux plans floutés. Entre l’innocence : le vice, incarné par Connie que nous suivrons malaisément dans la nuit animale new-yorkaise. Les frères Safdie nous entraînent dans des tourbillons de décors oppressants, mêlant l’absurde et la violence. Good Time utilise la caméra comme un objet du décors, l’obligeant à suivre à la hâte chaque mouvement, chaque situation, de capter les regards, les cris, le sang. Nous nous appliquons donc à suivre par miettes de visages ou de corps les émotions qui traversent les personnages et les liens qui les tissent entre eux. Par cette mise en scène de caméra objective/subjective, le réalisateur entraîne son spectateur dans ce calvaire. Connie va faire la rencontre de plusieurs personnages, dont chacun représentera un tremplin supplémentaire vers sa détresse. Pire, en cherchant à l’aider, ce sont eux qui en deviennent les victimes. Tout ce qu’il touche devient broyé.
 
Même si le ton est noir, les couleurs, elles, sortent le grand jeu.  Car outre cette frénésie de plans et de drames, Good Time est surtout un long-métrage à la photographie frappante. Le cadre est choisit minutieusement pour capter les couleurs naturelles et artificielles de la ville. Se suivent alors une série de couleurs vives comme pour marquer l’intensité de chaque action, et donc leur importance dans le drama global. Tantôt dans une voiture dont les reflets de la ville en mouvement peignent le regard de Connie de lumières jaunâtres, tantôt dans les recoins d’un parc d’attraction aux teintes bleutées profondes, ou de manière plus suggérée avec de la poudre rouge sang projetée sur les deux frères Nickas. Les réalisateurs ont donc à cœur d’utiliser des plans serrés avec des teintes criardes, contrastant avec les plans panoramiques d’un New-York plus sage, plus triste.
Mention spéciale également aux acteurs, brillants. Robert Pattinson apparaît torturé, creusé, et son minois si courtisé par les réalisateurs de romances ou drames à l’audience jeune ne lui sert désormais plus à attirer l’empathie. Une apparition brève mais efficace de l’actrice Jennifer Jason Leigh, aperçue également dans la série Atypical en tant que mère surmenée d’un adolescent autiste, cerne parfaitement le caractère néfaste de Connie. Chaque acteur reflète en lui la détresse et l’envie, menant à des prestations pointues.
Good Time est une perle visuelle qui se consomme avec intensité. Le scénario, plus brut, se voit tiré par un jeu sombre et juste des acteurs principaux. Faisant sensation au Festival de Cannes en mai dernier, il rend honneur au jury, qui avait décidé de lui remettre son prix. À voir.
Good Time, sortie en salles le 13 septembre 2017