Justine, jeune fille plutôt discrète, arrive en première année d’école vétérinaire. Au cours d’un bizutage, elle se voit contrainte de manger de la viande, alors qu’elle est végétarienne. Et si cet appel soudain de la viande ravivait une inclination troublante pour la chaire humaine ? Commencent alors une succession de calvaires qui vont la conduire au pire.
La réalisatrice emmène le spectateur dans les excès du bizutage, sans pour autant céder à la facilité du trash et du gore. Elle sème avec parcimonie des scènes de torture morale avec des scènes plus légères, plus reposantes pour le spectateur et son héroïne. On assiste ainsi à la métamorphose de ce personnage au physique troublant, entre candeur et animalité. Julia Decournau utilise donc le bizutage comme une porte d’entrée à l’horreur, qui plonge le film dans une ambiance plus sombre. Elle joue à la manière d’un thriller psychologique avec l’ascendance de la souffrance physique et morale de son héroïne. Entre les corps blessés et le combat entre raison et tentation, Justine va devoir se découvrir.
Ainsi, Grave sonne la fin de l’innocence. La réalisatrice entraîne son actrice dans des situations complexes, dans lesquelles la jeunesse est ultra exposée. Sexe, déviances, tourments, s’agitent à travers une lumière brute et un regard franc plusieurs personnages aux prémisses de leur vie d’adulte. Le film établit un rapport Homme-animal assez fort et nécessaire. Le cadre est l’un des éléments principaux à cette ambivalence car les scènes se tournent essentiellement au sein de l’école de vétérinaire, où l’on voit défiler plusieurs animaux sujets à des expériences médicales. Mais la tension s’accentue à travers les regards et l’importance des corps, de la gestuelle, semblables à celle des félins. On retrouve ce rapport de force au sein même de la famille, entre les deux sœurs, qui se défient mutuellement. Une proie reste en effet une proie, ni l’amitié ni même le sang peuvent changer ce besoin primaire de chasser et se nourrir.
Le jeu d’acteur est précis, le trio Garance Marillier (Justine), Ella Rumf (soeur de Justine) et Rabag Nait Oufella (colocataire et ami de Justine) excelle et emmène le film dans une ascendance discrète de l’horreur.
Julia Ducournau utilise l’ultra réalisme pour surprendre et emmener son spectateur. Elle nous montre l’horreur sans jamais la pointer du doigt et créé une atmosphère oppressante par la compassion que l’on développe pour Justine. Saura-t-elle se guérir de ce mal ? Trouvera-t-elle un moyen de vivre avec ? Une expérience cinématographique pour ce film hybride et premier long-métrage d’une réalisatrice à retenir. À voir.
Grave de Julia Ducournau – mars 2017
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