Le metteur en scène néerlandais Johan Simons propose une nouvelle mise en scène de la tragédie de Shakespeare, enrichie d’extraits du Hamlet-machine (1977) de Heiner Müller.

Hamlet est seul

Quand nous arrivons dans la pièce, Hamlet n’a plus de père. L’ancien roi du Danemark est mort, assassiné par son propre frère, l’oncle d’Hamlet, Claudius. Ce dernier épouse alors la mère d’Hamlet, qui redevient reine d’un roi assassin. Dans cette revisitation de l’œuvre Shakespearienne, Hamlet est plus que jamais seul face aux épreuves qu’il traverse. Jeune homme courageux, il éprouve son deuil, son histoire d’amour avec Ophélie, sa quête de vengeance, sa quête de vérité. 

Le metteur en scène Johan Simons a choisi l’actrice Sandra Hüller pour incarner cet Hamlet aux états d’âmes amplifiés dans l’amour, la haine, la colère. Ironie de notre monde actuel, Hamlet en veut à la société de jouer les nouveaux codes imposés en fermant outrageusement les yeux. Même son sang le trahit. Sa mère, en qui il n’éprouve plus que mépris, a épousé Claudius pour rester Reine. Seul mais fougueux dans sa solitude, cet Hamlet traverse la scène comme une arène, appelle ses ennemis, jusqu’à toucher la folie.

La mise en scène de Johan Simons

Le metteur en scène propose un décor épuré, bâti de formes géométriques. D’abord : le carré. Cette cour creusée comme un ring est le lieu d’affrontement. Le pendule, construit d’un immense rond et d’un rectangle en cuivre, trône au-dessus de nos personnages comme une épée de Damoclès et semble évoquer le temps qui presse. Est-ce réel ? Ou Hamlet s’impose-t-il à lui-même de régler ces affaires le plus vite possible ? Dans chaque tragédie, il est question de temps. C’est-là même le fondement du drame, dans le fait que le temps soit si imposé aux héros qu’il ne leur laisse pas ou peu le temps de la réflexion. Alors que choisira Hamlet, pantin de la dictature du temps ?

Les boules en métal roulent dans l’arène comme pour rappeler le vacarme des minutes, des heures ou des jours qui passent. Le metteur en scène apporte alors la légitimité de la montée en puissance d’Hamlet, piquant, criard, désireux d’un monde honnête en ayant la lucidité de son fantasme. 

Une adaptation à voir au théâtre Nanterre-Amandiers du 11 au 15 mars 2026

Photographies JU Bochum
Critique © Pour le dire – Clara Passeron