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Influenceur : le nouveau troubadour ? Le cas Léna Situations

Il y a dix ans, une jeune femme allume sa caméra et décide de nous parler. D’un milieu au capital culturel riche mais au capital financier limité, elle nous partage son quotidien de jeune femme étudiante, qui travaille pour suivre ses études passion : la mode. Quelques années plus tard, on la retrouve sur les tapis rouges, autrice à succès de deux livres de confiance en soi avec son adage “plus égal plus”, le positif attire le positif.
Seulement les médias et le grand public s'emparent de ce cas “Léna Situation”. Elle est devenue trop riche, trop importante, pour simplement nous raconter sa vie à l’ère où les caméras tournaient dans les chambres et où on appelait les formats de créateurices de contenus “les podcasts”, dont Mister V, Natoo et autres Hugo tout seul ont initiés. Avant de devenir l’influenceuse que l’on connaît, Léna Mahfouf a vulgarisé la mode par une série de contenus dans les coulisses de grandes Maisons avec Vogue appelés “Vlogues” (en référence au format “vlog” de vidéos avec une équipe de production réduite, plus simples et légères), un format d’interview “Canapé six places” devenu “Couch” qui montre le tournant vers l’international de ses contenus, entre autres apparitions de pur divertissement chez Squeezie, Mcfly et Carlito, Joyca.
Aujourd’hui, elle est à la tête de critiques sur les réseaux, d’articles, de polémiques sur ses choix vestimentaires, d’alimenter la “culture du vide” de l’influence aujourd’hui. Est-ce symptomatique de ce que l’on attend d’une personne qui nous divertit ? Doit-on, à notre époque, toujours associer le divertissement à l’utile, et le divertisseur à une position politique forte ?
Est-ce un problème de sexisme ? De société ? De regard sur l’influence au global ?
Les troubadours dans la société médiévale ne sont pas seulement des artistes qui “divertissent” : artistes, commentateurs de l’actualité, médiateurs sociaux, parfois contre-pouvoirs. Léna Situations ne sauvera pas le monde, ne sera pas présidente, n’aura pas le prix Goncourt ou Pulitzer. Est-ce cela qu’on attend d’elle ?
Revenir à l’essence du divertissement permet de sortir de l'idée : “À quoi sert un artiste ?” La réponse devient : il contribue à fabriquer les relations entre les individus. Ainsi, bien que controversée, l’influence aura réussi en dix ans de présence sur internet à créer une communauté, à donner du positif, à donner du possible à des milliers de jeunes femmes en élevant la voix, et au grand public en offrant du divertissement.
En conclusion, chaque époque et chaque génération a eu ses figures de sympathie. Depuis les années 2010, les figures d'internet dominent et nous divertissent. Pourquoi chercher la science derrière le divertissement ? L’humour et la légèreté sont parfois tout aussi utiles à une société qu'un scientifique, un politique ou un sociologue.
Du troubadour, à l'influenceur.
Photographie en Une © Kenza Le Bas