Venu présenter le film The Birth of a Nation de Nate Parker, sorti aux Etats-Unis en octobre 2016 et prévu en France pour la fin d’année, Abd Al Malik a tenu à rencontrer les journalistes et le public lyonnais pour défendre ce film. Il nous raconte le berceau de cette aventure et le message qu’il souhaiterait transmettre, à une époque où le combat pour une identité commune est toujours d’actualité. Rencontre avec une personnalité humble, accessible et généreuse.
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Comment avez-vous atterri sur ce projet ?
Les gens de la Fox, qui distribue le film, sont venus me voir en me disant : « Il faut que tu vois ce film« . J’y allais un peu à reculons, me disant qu’un film sur l’esclavage c’était du déjà vu. Et quand j’ai vu le film, c’était un choc. Nous sommes partis à Los Angeles pour rencontrer Nate Parker, avec qui j’ai pu longuement discuter : du fond, de la forme, de l’importance du message, de la culture et enfin de l’art qui est un lieu de résistance finalement. Avec l’art on ne résonne pas en termes de races ni de chiffres mais d’humains.
Nate Parker a choisi de raconter une histoire, celle d’un esclave, aux Etats-Unis, mais en réalité c’est comme une métaphore de l’histoire de la communauté humaine. En parlant de tout cela, j’ai su que je devais à mon tour en parler.
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Plus qu’en parler, vous interprétez la voix française du personnage principal interprété par Nate Parker lui-même, comment cette idée a-t-elle été amenée ?
Oui, quand j’ai demandé ce que je pouvais apporter de plus au film, Nate m’a proposé d’amener ma propre singularité au film en faisant la voix de Nat Turner. J’ai insisté sur le fait que si je le faisais ce serait la première et la dernière fois afin de garder le côté exceptionnel de l’expérience. Les tests ont fonctionné, je prenais vraiment cela à coeur : si je devais être le porte drapeau du film, il était essentiel d’y apporter cette énergie.
« Je pense que ce film est nécessaire »
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Etes-vous passé par une phase de recherches, d’approches, de documentation, pour approcher un sujet si fort ?
J’ai abordé ce film assez simplement car l’histoire de Nat Turner est une histoire réelle. Il y a un livre à ce sujet qui s’appelle Les Confessions de Nat Turner de William Styron, qui a été à la fois un best seller et une source de polémique car c’était un blanc qui écrivait. Néanmoins c’est un livre passionnant. Après l’avoir lu, j’ai regardé historiquement la vie de Nat Turner, sans quoi je ne pouvais m’approprier son personnage. Il faut savoir également que l’esclavagisme fait parti de notre Histoire à nous, français. Pour moi, cette histoire n’est pas uniquement américaine, elle nous concerne tous.
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Quels parallèles faites-vous justement entre l’histoire de Nat Turner et notre société contemporaine ?
Ce film résonne sur la société d’aujourd’hui, sur le monde d’aujourd’hui. Par exemple, au sujet de l’instrumentalisation de la religion. Sur le phénomène également de la « racialisation ». On retrouve encore aujourd’hui ces thématiques. Depuis que je présente ce film j’invite les gens à regarder en parallèle le documentaire d’Ava Duvernay, la réalisatrice de Selma, qui passe en ce moment sur Netflix et qui s’appelle Le 13ème. Cela parle du treizième amendement et qui tisse le lien entre l’esclavage jusqu’aujourd’hui. Il y a encore des formes d’esclavagisme, dans le milieu carcéral notamment. Pour cela c’est important de regarder l’Histoire en face, car il faut rester vigilent, nous ne sommes pas à l’abris de ce qu’il s’est déjà produit dans le passé. Et pour moi le cinéma est le seul art contemporain où la forme est le fond. Si on souhaite aller au plus proche de la vérité et de l’émotion, on se doit d’être pertinent esthétiquement parlant. The Birth of a Nation est une vraie proposition de cinéma.
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On sent tout au long du film une véritable recherche d’immersion, quitte à devoir supporter certaines scènes très violentes physiquement et moralement, était-ce une volonté du réalisateur ?
Exactement. Je disais à ce propos au réalisateur : « C’est comme si tu avais pris ta caméra et que tu avais remonté le temps, que tu étais allé sur place« . C’est un film totalement immersif, on plonge dans les scènes et on y est. Il faut aussi se dire que c’est un premier film ! Pour moi il y a un côté Orson Welles dans Citizen Kane, c’est à dire qu’il est jeune et il fait un grand film. C’est un projet qu’il a pris à bras le corps durant sept ans. Il joue merveilleusement bien, le film est très bien écrit, le rapport à la caméra est assez bluffant. Chapeau.
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Comment avez-vous fait la connaissance de l’histoire de cet homme, Nat Turner qui a osé, trente ans avant la guerre de Sécession, se rebeller contre le système établi ?
Plusieurs canaux ont servi à transmettre et partager sa mémoire. Tout d’abord, ce qui s’est produit était tellement traumatisant pour les esclaves que beaucoup de gens se sont mis à raconter cette histoire, à l’écrire, l’ont transformé évidemment. Il apparaissait comme un type monstrueux, un fou, un psychopathe. Il y a tout eu. L’histoire a donc été répertoriée, même si elle était faussée. Quand des historiens sérieux s’y sont penché, elle nous est enfin arrivée de façon précise et juste. Nate Parker a également consulté les bibliothèques et questionner les historiens de la région de Nat, en Virginie. Tout cela prenait forme et c’est comme cela qu’il a petit à petit écrit son scénario, en tentant de rendre cette histoire à la fois passionnante et juste historiquement.
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Nate Parker a-t-il volontairement choisit de suggérer l’horreur et la violence plutôt que de la montrer ?
Oui totalement. Pour Nate Parker, la situation de l’esclave en elle-même est violente. Certains passages du film ne sont pas violents graphiquement mais sont d’une violence inouïe, par des paroles, ou des traits du visage. Certaines scènes sont évidemment là pour choquer, donc sont cruelles. Cependant, le reste est hors-champs ou suggéré. Cela nous permet de nous rendre compte de la force du réalisateur : il nous fait rentrer dans l’horreur sans que nous puissions la voir.
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Pensez-vous que The Birth of a Nation pourra se différencier des autres films qui ont déjà abordé ce thème là ?
Prenons par exemple 12 years a Slave. Je n’ai pas vraiment aimé ce film. Certes, j’ai pleuré devant, mais c’était un effet attendu. Alors que là, il n’y a pas de noir et blanc, de personnages bons ou mauvais : nous sommes dans le gris. Le film s’approche davantage de la complexité humaine. Un film qui ne nous dépeint que les victimes et leurs bourreaux n’est, pour moi, pas intéressant. J’aime la liberté en tant que spectateur de pouvoir me faire mon propre avis sur des personnages.
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Remerciements envers Abd Al Malik et l’équipe des cinémas Comoedia et UGC
Propos recueillis par Clara Passeron au Novotel Lyon Confluence
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