Qu’est-ce qu’une “libre interprétation” ? Est-ce qu’il existe des textes sacrés, que l’on ne peut modifier, altérer, déformer ?
Romeo Castellucci est un metteur en scène plasticien, qui revêt les textes classiques d’une couche de contemporain subversive. La voix des comédiens est déformée par effets de réverbe, les textes sont récités dans le désordre, les dialogues n’apparaissent pas. Seul reste, au centre, Bérénice.


Si l’on peut juger l’œuvre d’une adaptation contemplative et floue, on ne peut enlever à Romeo Castellucci l’art de créer des images. On pense au cinéaste Nicolas Winding Refn avec The Neon Demon, aux icônes pop telle que Lady Gaga et son clip Judas, ou plus récemment à Damon d’Angelica Liddell, présenté à l’Odéon en début de saison. Du rouge, du blanc, de la lutte entre amour et pouvoir. Bérénice est seule, abandonnée par Titus qui choisit de régner plutôt que de l’aimer.
Plutôt convaincue par la mise en scène, même si elle essuie quelques caractéristiques léchées du contemporain, à savoir ajouter des objets triviaux au classique, ou user d’effets de voix. Associée à la musique et aux sons du compositeur Scott Gibbons et aux costumes d’Iris van Herpen, cette œuvre est une pièce d’art plus qu’un récit. À voir si l’on accepte de perdre Racine pour retrouver Castellucci.
Au théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, jusqu’au 06 juilet 2025
Photographies © Jean-Michel Blasco
© Pour le dire
