On entend beaucoup de choses différentes sur ce deuxième opus du Joker. Certaines prêchent le “mauvais”, d’autres l’écart avec le premier volet. Todd Philipps creuse ici davantage l’ambiguïté du personnage d’Arthur Fleck, trentenaire désincarné, ébranlé par un Gotham sans pitié. Son personnage Joker, profondément anarchiste, antipathique, anti mœurs, est son refuge pour glisser sur la noirceur plutôt que de la subir. Mais Joker devient aussi son bourreau, le condamnant, à la fin de la première partie, au pire. 

Todd Philipps semble donc nous adresser un message direct à nous, spectateurs, venus voir Lady Gaga apporter ce qu’on attendrait d’elle : de la musicalité, du burlesque, de la douceur. Et nous déchantons vite.

Alors est-ce face à ce plot twist que la critique s’est montrée sévère ? Pourquoi avoir miser sur des affiches très corps-à-corps si le propos du film est, encore une fois, la profonde solitude d’Arthur, enfermé dans un univers où la maladie et la candeur frôlent le réel ? 

Pour ma part, j’ai apprécié le parti pris du réalisateur de rester fidèle à son idée originelle : le Joker n’est ni un sauveur, ni un malade mental, ni un psychopathe, encore moins un humain cherchant la gloire. Il est un individu qui erre, perdu dans sa médiocrité, qui trouve en son alter ego le moyen d’exister. À chaque moment de lumière, le retour à la réalité affadit tout espoir. Car la vie n’est pas un conte, même si on y ajoute de la musique et des paillettes (aka Harley Quinn).

Une réalisation millimétrée, avec une photographie qui transpire la froideur de Gotham et – plus généralement – de la société pourrie dans laquelle évolue notre personnage, Joker 2 confirme le talent du cinéaste et de ses acteurs, sublimes dans leur retranchement.


Photographies © Warner Bros Pictures
© Pour le dire