En Espagne, Jeanne (Marion Cotillard) tente de mener une existence tranquille. Déconnectée de la réalité, elle trouve refuge auprès de Daniel (Leonardo Sbaraglia) et d’une famille d’amis dont elle est la marraine de l’enfant, Mateo. Mais cet enfant disparaît subitement, et tous les soupçons se portent sur Jeanne. Elle décide alors de fuir et de trouver refuge dans son ancienne vie : une secte religieuse. Rôle écrit par le réalisateur Guillaume Canet pour Marion Cotillard, le film la suit dans une vie peu animée avant de l’entraîner vers une existence où elle s’anime de sentiments d’injustice, de dégoût et de haine. Le passage de l’un à l’autre peut paraître assez brutal, quand on connaît le potentiel de la comédienne à incarner subtilement, passionnément, des rôles. Elle passe d’une présence entièrement désincarnée, dans sa vie actuelle, à une incarnation soudaine lorsqu’elle retrouve ses racines et s’en révolte. Qu’est-ce qui pousse une victime à retourner auprès de son bourreau ? Ce mécanisme paraît étrange et pourtant, il semblerait qu’il soit bien réel. Comme dans le film de Julien Gaspar-Oliveri sur l’inceste, sorti en septembre 2026, on identifie les schémas de retour vers son persécuteur lorsque sa vie prend un tournant étrange. Comme si on ne pouvait exister pleinement sans la violence. Dans Karma, pourtant, Jeanne réussit à se libérer de ses chaînes et de son inconscient pour se soustraire à cette domination. Une manière, probablement, pour le réalisateur d’encenser la femme derrière le personnage, si l’on considère les vingt années de vie commune qui le lient à Marion Cotillard. Mais il serait réducteur de réduire le film à une simple connexion réalisateur-comédienne, car l’écriture, la réalisation, la photographie, la musique et la direction d’acteurs sont maîtrisées au cordeau. Denis Ménochet, par sa carrure et son regard perçant, incarne le diable dans un gant de velours. À ses côtés, Leonardo Sbaraglia, qui interprète Daniel, incarne un amour total et sans concession, capable de traverser le silence et la désertion sans perdre la foi. Les phrases telles que “sinon tu sais ce qui va se passer” laissent entendre le pire, l’inimaginable, sans que cela soit montré de manière choquante ou voyeuriste. La violence et l’horreur sont partout, mais le film n’en est pas pour autant une traversée macabre. Guillaume Canet choisit plutôt la lumière pour montrer la foi, la réparation, les lendemains heureux que l’on peut avoir après de longues années de lutte. Un thriller prenant, efficace, porté par un trio dévoué et par une collaboration pérenne avec le groupe Yodelice, dont les notes de musique se faisaient déjà entendre dans Les Petits Mouchoirs (2010). Une collaboration évidemment réussie. Vu en avant-première avec Pathé Films Photographies © Pathé – Iconoclast Films – Christophe Brachet © Pour le dire
