Aux portes de la vie d’adulte se tient une pièce noire. Ni angoissante, ni tranquillisante : elle se tient là, comme un mur. Ses intentions sont ambiguës. Il ne fait ni chaud, ni froid. Cette salle est un sas avant le nouveau monde, rejetant, sans un regard, les routines et habitudes du passé. Dans la salle d’attente de mes idées du monde, j’attends qu’on m’appelle.
Je suis coincée dans un silence terrible. Mes pensées tiennent d’une main ferme les rêves de ma jeunesse. L’idée de la fin d’une époque serre cette prise d’autant plus fort. Je ne veux pas vivre le premier jour du reste de mon existence. Je ne sais même pas si le monde m’attend. Il s’en fout sûrement de moi. Après tout, il tournait bien jusqu’à présent. Ne suis-je qu’un point, une poussière, ici juste pour un temps ?
Mon âge est sans doute le plus beau. Le plus festif. Le plus joyeux. Il est l’âge des possibles, l’âge où on ne peut qu’être heureux. Mais est-ce une légende urbaine, que tout le monde cantonne quand on a quinze ans et reprend en cœur, passé quarante-cinq ans ? Ou est-ce une réalité, voilée, aujourd’hui, par un monde grisonnant ? Car tout le monde évoque sans cesse ce contexte, cette société, ce marasme : c’est épuisant.
J’aimerais sortir dans ce nouveau monde mais, tout aussi fort, j’aimerais rester là. Dans le confort. On est bien avec ses acquis. Dans ses non-dits, aussi. Doit-on toujours écouter les notes qui dictent nos moments de grâce ? Le désespoir hurlant dans nos cauchemars ? Peut-on se laisser guider par nos émotions pures ou bien n’entendre que la raison, imaginer qu’elle soit la seule qui dure ? L’éphémère peut-il s’installer ? Si je sens une boule dans mon cœur, aujourd’hui, prendra-t-elle plus de place si je laisse une année s’écouler ?
Faire des choix. La vie n’est qu’une série de choix. Une série d’incertitudes ; et ça me glace rien que d’y penser. Il faudra un jour dire “oui”. Prendre une main tendue, ouvrir une porte, envoyer cet email, rendre des clés. Verrouiller, une fois pour toute, le passé. L’avenir n’a pas de raison de nous faire peur, ni de nous cajoler, puisqu’il n’existe pas. On ne doit compter que sur le tangible, le réel, le concret. La famille, les amis, l’amour. J’aimerais que tout ça dure pour toujours.
Cette pièce sombre n’est plus une fin. Il va falloir avancer.
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© Pour le dire
