La Chanson de l’éléphant est un huis-clos dans un hôpital psychiatrique dans lequel Xavier Dolan (Michael) et Bruce Greenwood (Docteur Green), respectivement patient et psychiatre, jouent au chat et à la souris pour retrouver le disparu Docteur Lawrence.
Mickaël, incarné par le réalisateur émérite Xavier Dolan, est un jeune homme éloquent enfermé depuis cinq ans après le meurtre de sa mère. Il se plait à tirer les ficelles de cet interrogatoire et sa facilité à désorienter ses cibles est dictée par une intelligence noire non sans rappeler les codes du pervers narcissique à la Hitchcock. Le film se lit en plusieurs couches. D’abord, il y a la relation entre Michael et le Docteur Green. Au fil de leur discussion, une certaine complicité s’installe, les réactions de l’autre s’anticipent, les mots utilisés deviennent de plus en plus affûtés. L’ascendance de prise de parti du Docteur Green se déclare par une envie de s’ouvrir à l’autre, à cette histoire qui parait invraisemblable, pour lâcher prise sur son quotidien embarrassé d’une relation amoureuse fatiguée. Cette mise en confiance naissante va faire grandir l’intrigue. Une troisième protagoniste jouée par Catherine Keener dans le rôle d’une infirmière proche de Mickaël va apporter au film une profondeur supplémentaire. La perte de sa jeune fille et le déchirement amoureux que cela aura entraîné la conduit à projeter inconsciemment ses instincts de mère sur Michael, dont une certaine innocence se cache derrière sa folie. Puis il y a l’absent Docteur Lawrence, dont on ne connait ni le visage ni la relation avec son patient Michael. Ce dernier en tire son avantage et va dépeindre un Docteur selon son image.

Si toutes ces couches peuvent suffire à construire un début de film solide et cohérent, où chaque personnage à des attaches sensibles avec le passé et le présent, l’intrigue et la chute du film restent pour moi trop faciles voire prévisibles. Le réalisateur Charles Binamé excelle toutefois dans la prise de plans et la photographie qui sont perçants et captivants. La lumière est juste, et passe finement à travers les fenêtres du bureau de Green comme pour entrevoir une possibilité de sortie pour Michael, une lueur d’espoir pour un jeune homme meurtris par ses souvenirs.
Malgré quelques flashbacks qui aèrent le huis-clos, le film peine à dépasser ce que l’introduction a déjà instauré, si bien que l’on finit par trouver le temps long et les échanges mornes. Le jeu d’acteur supporte heureusement le tout pour servir un film globalement bon. Si tous semblent intimement liés par un manque affectif, leurs histoires personnelles ne laissent rien entrevoir de plus que les quelques mots griffonnés pour chacun sur un scripte focalisé sur Michael.
La Chanson de l’éléphant mérite probablement davantage les planches, d’où il tient ses origines, que le grand écran.
