Qui était Josef Mengele ? Olivier Guez rassemble les écrits sur cet homme, médecin SS convaincu par ses expériences morbides, sa cavale après la chute du nazisme et la plus grande chasse à l’homme de la fin du XXe siècle qui s’ensuivit. Mikaël Chirinian, dirigé par Benoît Giros, s’empare de ce texte âpre et saisissant en un seul-en-scène incarné, viscéral et engagé. Car dire ces mots par une seule bouche revient à donner vie au nazisme, aux médecins tortionnaires dans les camps nazis, aux expériences macabres de tests de médicaments, d’inséminations forcées et d’expérimentations sur des profils jugés intéressants pour la science. L’image du savant fou résonne alors avec nos plus sombres récits, et la morale d’un homme au profil intellectuel et droit glace davantage le spectateur face à ce récit d’un “homme banal” devenu tortionnaire. On pense aussi au film La Zone d’intérêt, montrant l’impunité, voire le profit, des nazis et de leurs familles pendant la Seconde Guerre mondiale. L’exercice surprend au début par le débit du texte et l’économie du geste et du déplacement. Mikaël Chirinian parle, puis raconte, puis incarne. L’accroissement du récit et son haletante course-poursuite vers la mort se jouent aussi bien dans le ton que dans l’énergie du comédien. Mélange subtil entre jeu et récit, La Disparition de Josef Mengele fait entendre mais fait également voir. Les images sont bien présentes sur le plateau, portées par notre imaginaire collectif et les détails du texte d’Olivier Guez. Une pièce à l’intensité tenue pendant 1h10.
Photographie © Jean-Philippe Larribe
