Le projet
“Il y a trente ans, nous aurions pu sauver la Terre. Pourtant nous n’avons rien fait.” Citer l’auteur et journaliste Nathaniel Rich semble indispensable pour introduire le travail de Serge Kribus. Non seulement parce qu’il est une référence centrale pour l’auteur, mais aussi parce que cette phrase apparaît comme le seuil de la pièce. Écrite en 2025, cette dystopie réaliste sur notre vivre-ensemble voit le jour grâce à une commande de la compagnie Bon-qu’à-ça, menée par Paul Pascot, avec les artistes Léo Nivot, Marguerite de Hillerin, Christian Geschvindermann, Dominique Borrini.
“J’ai soumis l’idée à Paul. Et il a décidé de me passer commande avec sa compagnie. Je souhaitais écrire ce texte depuis longtemps mais je crois que je n’aurais pas pu l’écrire sans son soutien, sa conviction, sa confiance, sa détermination.” me confie Serge Kribus.



La faille : du texte à la pièce
Solee (Mélissa Merlo) vit dans un monde qui s’effondre. Sa mère, douce et enveloppante, la protège. Mais Solee veut partir, elle se sent prête à traverser le monde. Traçant les contours d’un parcours initiatique, La faille nous fait suivre Solee : être sensible, désinvolte, assoiffée de savoir, de rencontre, de vrai. Mais comme tout chemin initiatique, celui-ci se heurte à l’indifférence des Hommes, à l’échec, à la désillusion. Et cette question vitale : comment garder espoir dans un monde qui oublie de sentir ?
Paul Pascot propose un théâtre où la diction est au centre, les mots cognent, la musique (Léo Nivot) se compose sur scène. Nous sommes dans l’instant présent, dans un théâtre qui se déclame plus qu’il ne chante, qui sème plutôt qu’il n’érige. Mélissa Merlo incarne Solee avec une clarté tranchante, par une parole souvent bousculée, intensément incarnée. Même les mots, que l’on ne saisit pas toujours tout à fait, résonnent dans leur tension, dans leur rythme, dans leur rupture.
L’être sensible devient le héros, et de sa sensibilité jaillissent nos maux : notre désintérêt latent pour un monde qui brûle, notre individualisme, notre ignorance et notre désir du vide.
Quand deux âmes brisées se rencontrent, cela crée du sensible sur le plateau. Après les cris, l’écoute. Après la crainte, le désarmement. Une œuvre à lire, à voir, à entendre. Nécessairement.
Photographies © Cie Bon-Qu’à-Ça
© Pour le dire
