Quel lien entre Walt Disney, Adolf Hitler et une peluche Simba ? A priori, aucun. Et pourtant, Raphaël Gautier explore la corrélation troublante entre la montée du nazisme et l’essor fulgurant des studios Disney, incarnés par un entrepreneur visionnaire et infatigable. Si l’on sait que Blanche-Neige était le dessin animé préféré d’Hitler, quelles autres résonances secrètes unissent ces figures historiques ?

Par des scénettes rythmées et teintées d’humour noir, la pièce nous plonge dans les méandres d’un esprit en crise, entre séances chez la psy et hallucinations du narrateur. Sa dépression, au sens clinique du terme, le plonge dans les vices de la société à l’époque de la Grande Dépression avec un cynisme et une désinvolture qui nous donnent à rire des maux de cette époque.

Aymeline Alix et la cie du 4 septembre s’emparent du texte de Raphael Gautier avec une audace chaleureuse. Leur théâtre, accessible et intelligent, nous partagent leurs visions. Nous ne sommes alors plus simples spectateurs mais comme complices du narrateur, dont les rêveries absurdes et mélancoliques résonnent étrangement en nous. Ces personnages, qui ont « habité le même monde malgré eux », portent en eux des joies, des vices et des aspirations qui, inévitablement, font écho à nos propres existences.

N’est-ce pas là l’essence du théâtre : s’évader tout en restant ancré dans le réel, rire d’eux tout en riant de nous-mêmes ? A voir jusqu’au dimanche 6 avril au Théâtre de la Tempête – La Cartoucherie

Photographies : © Arnaud Bertereau
© Pour le dire