Quand on ne connaît pas le travail d’un metteur ou d’une metteuse en scène, on s’en réfère au bouche-à-oreille. Rébecca Chaillon fait partie de ces artistes du théâtre contemporain dont plus ou moins tout le monde a une opinion positive. Elle bouscule les codes du théâtre, revendique un propos où le personnel devient politique, en partant souvent de sa propre expérience de femme noire, ronde et queer.


Avec La Parabole du seum, inspiré de l’oeuvre La Parabole du semeur (Parable of the Sower) d’Octavia Butler paru en 1993, Rébecca Chaillon transpose le roman-fiction de cette autrice américaine avec sa vision de française née dans le 93. Ses tableaux-performances posent une vision de notre époque : grossophobie internalisée, désillusion de la jeunesse, montée des eaux. Les comédiens et comédiennes sur le plateau, aux formes assumées, portent leur nudité en étendard, banalisant la vision de corps nus sur scène. Assez vite, le costume ou la nudité ne font pas de différence. 


Mais la question subsiste… Derrière cette performance de plusieurs tableaux, que doit-on retenir ? Rébecca Chaillon semble vouloir dire et dénoncer de nombreuses choses, s’entourant d’interprètes qui embrassent chacune de ses propositions (comme uriner dans un bocal et y plonger ensuite la tête ou se faire tremper par des litres d’eau et boire son jus de chaussettes). Ce trivial mis en beauté par le Cloître des Célestins donne un contraste de lecture. Est-ce du théâtre engagé parce qu’il ose ? Ou est-ce une mise en lumière cachée par beaucoup d’artifices des doutes de l'artiste, de sa condition, de sa fragilité alors qu’elle expose par les mots d’une comédienne qu’elle a découvert qu’elle avait un cancer ? C’est sans doute tout cela à la fois, du politique, du personnel, du trivial, du beau, mais dans une forme peut-être trop étalée, détournée du cœur du propos.

Ce nom, donc, reviendra dans les bouches et arrivera jusqu’aux oreilles, au cours du Festival d’Avignon, sur la scène parisienne des érudits de théâtre. Quant à moi, je reste perplexe, entre désir de comprendre et frustration de ne pas avoir compris. 


Photographies © Christophe Raynaud de Lage

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