L’Amante anglaise est un roman de Marguerite Duras publié en 1967. Bien avant notre passion mordante pour les faits-divers, Duras explore le crime par le prisme de l’intimité d’un couple.
Claire Lannes assassine sa cousine sourde et muette, et jette ses bouts de corps dans un train. Retrouvés par la police, on remonte à son crime. Son mari, Pierre Lannes, n’a rien vu et rien suspecté des inclinations meurtrières de sa femme. Interrogés tour à tour par un interrogateur, chacun va dévoiler des parts intimes de leur couple, au regard de leurs remords, rancœurs, mensonges, silences.



La fascination du fait-divers
Tranchante, crue, cette pièce de Duras s’inscrit dans une littérature presque documentaire. Mais en plongeant dans ce thème quelque peu sordide, on dissèque surtout des âmes en peines. La mise en scène d’Emilie Charriot est minimaliste : un sol blanc parfaitement rectangulaire et centré, sur lequel sont posées deux chaises. Nous prenons alors le rôle de tribunal, de spectateur-voyeur, autant que nous le serions en lisant avec une attention presque malsaine la rubrique fait-divers d’un journal. On entrevoit les motifs, on tisse des fils d’une enquête qui ne mène à nulle part. Car finalement, on est plus attiré par la folie que par sa conséquence.
Par cette mise en scène immersive, nous nous immisçons dans une histoire sans y être réellement invité, avec la posture de celui ou de celle qui écoute aux portes, tapis dans le noir. On incarne les points de suspension d’une enquête, dans lesquels se glissent le hasard, le mystère ou le mensonge. “On entend mieux derrière les portes” dit ainsi Claire Lannes.
Emilie Charriot propose à des comédiens et comédiennes de taille de s’attaquer à Duras : Dominique Reymond, en amante esseulée, Laurent Poitrenaux en interrogateur-psychologue et Nicolas Bouchaud, en mari désabusé. Bien que figés dans leur posture, chaque comédien réussit avec brio le pari de bouger de l’intérieur, de convoquer des émotions fortes. Un parti pris scénique intéressant, parfois éprouvé dans son minimalisme, mais qui a l’avantage de sublimer ses comédiens. Dans l’épuré, on voit plus clairement les yeux briller.
Photographies © Sebastien Agnetti
© Pour le dire
