Nord de la France dans les années 80. Clotaire et Jackie sont deux ados du même âge. L’un traîne avec ses amis, fume des clopes, fait du petit banditisme, l’autre est studieuse, bien qu’un brin insolente, et vit avec son père dans un pavillon de classe moyenne. Un regard, et c’est l’amour ouf. S’en suivra une idylle contrariée par 12 années d’absence. 

Le projet L’Amour ouf

On ne peut pas enlever à Gilles Lellouche sa force de réalisation. Ce film, il l’a attendu, chérit, construit au fil de scénarios et de résidences d’écriture parfois infructueuses. Mais il l’a fait, enfin. C’est comme accoucher d’un souvenir d’enfance, de jeune adulte, que l’on tendrement couvé : un roman, un projet de fin d’études de fac de ciné, que l’on a commencé à écrire, adolescent. On lui voue une profonde affection, nous piégeant peut-être dans un flou ou un déni artistique. Est-ce encore vif, pertinent, important, si cela sortait aujourd’hui ? 

Il semblerait que les années n’aient pas fait du bien à L’amour ouf. D’abord, parce qu’il nous rappelle les romans, devenus films à succès, de Nicholas Sparks (N’oublie jamais, Le temps d’un automne, Cher John, The last song…). L’amour inconditionnel, déchu, qui revient d’entre les flammes pour rebattre toutes les cartes. L’oeuvre originelle, de Neville Thompson, est sortie en 2000, décennie charnière des romances à succès. 

Critique de l’oeuvre : L’amour ouf

En se concentrant sur L’amour ouf, qui part déjà avec un handicap de ne pas être révolutionnaire, nous percevons des incohérences ou des manquements qui peinent à décoller sur son second souffle. Si Clotaire (François Civil) est resté bloqué dans cette histoire d’amour adolescente passionnelle, c’est qu’il n’a pas d’autres issues que de penser à elle. Mais Jackie (devenue Adèle Exarchopoulos) a toutes ses raisons d’être passée à autre chose. D’abord, parce que leur histoire semblait étiolée avec le drame. Alors pourquoi est-elle coincée dans ce refus de vie ? A-t-elle été profondément piquée par l’injustice de sa condition ? Lui a-elle écrit, quand il était en prison ? Est-elle allée le voir ? 

Le passage de l’âge adolescent à l’âge adulte, et donc le relais du couple Mallory Wanecque-Malik Frikah au couple Adèle Exarchopoulos-François Civil, se fait avec un peu d’efforts. On ne saisit pas totalement ce qui lit profondément ces êtres devenus grands. On ne lit pas en eux les mêmes regards, intentions, la même désinvolture pour lui ou finesse pour elle. Si l’œuvre est esthétiquement belle, le jeu d’acteur habilement mené, entre grande fragilité et puissance de vie ; nous restons frustrés de ne pas ressentir de grandes émotions. 
Est-ce donc la faute de Gilles Lellouche ? Du roman, en lui-même ? De ces questions irrésolues ? Ou peut-être sommes-nous sevrés de tout ce miel que l’on a reçu aux débuts des années 2000, nous forgeant un esprit critique, voire cynique, sur des nouvelles comédies romantiques de cette intensité. 


Photographies © Alain Attal – Studio Canal -Tresor Film – Chi-Fou-Mi Productions
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