Réouverture
Ouverture de saison pour le Théâtre Odéon à Paris. Fraîchement dirigé par Julien Gosselin, le lieu ouvre ses portes pour la première fois depuis la pause estivale un 13 septembre.
Ce n’est pas la première année pour Le Passé, alors la machine, fluide, s’est mise en route, écartant ce que l’on pourrait nommer d’obstacles à son bon déroulé. D’abord, les critiques sur cette nouvelle direction. Oui, Julien Gosselin compte bien apporter un vent de fraîcheur au théâtre sans pour autant sacrifier son éclectisme, sa réinterprétation des œuvres classiques, son goût affirmé pour l’écriture contemporaine puissante et politique.
L’œuvre de Leonid Andreïev, journaliste et auteur russe du début du XXe siècle, s’inscrivait donc parfaitement dans ce lancement de saison : saluer le passé pour accueillir le présent.
La pièce
La première heure est difficile. L’écran surgit, omniprésent. Comme si l’image voulait prendre la place du plateau. Déjà avec Platonov de Cyril Teste, le procédé de caméra sur plateau avait laissé un goût amer : privation du corps, de la voix, du regard du comédien. Si Andreïev est moins exploité que Tchekhov au théâtre, Julien Gosselin devient notre unique voie d’accès à son essence. Usant (abusant ?) de nouvelles pratiques théâtrales, Julien Gosselin utilise la caméra comme nouvel œil, défiant les comédiens de se livrer à la fois sur un plateau, au présent, et de s’immortaliser à l’image en direct, faisant fi du public. Chaque regard est une loupe sur l’artiste, mais une loupe artificielle, numérique. Le discours est rompu, franc, brutal. La langue est belle, mais ne nous parvient pas toujours.




Et vient la seconde partie, qui nous réveille. D’abord parce que le fond occupe soudainement plus de place que la forme. Parce que l’on parle des violences psychologiques, des violences conjugales, des traumatismes, de violences sexuelles banalisées, du regard lubrique et vorace de l’homme sur la femme, du pouvoir, du feu. Victoria Quesnel électrise le plateau, Carine Goron est cette femme qui brûle dans un gant de velours, la passion se libère quand elle n’était qu’outrancière en première scène.
Il faut donc du temps, une certaine patience. Comme si Le Passé ne se vivait pas vraiment au présent, mais par la trace qu’il laisse sur nous quand on s’y replonge.
Aux mémoires, donc.
Jusqu’au 4 octobre 2025 au Théâtre Odéon, Paris 6e
© Pour le dire / Clara Passeron
Photographies © Simon Gosselin
