Faire parler l’Histoire avec le “je”

C’est ce que propose les Fabuleuses, la série théâtrale imaginée par le théâtre de la Reine Blanche (Paris 18e).

Si Marjane Satrapi rendait honneur à Marie Curie dans son film Radioactive, sorti en 2019, nous retiendrons surtout Oppenheimer, sorti en 2023, de Christopher Nolan. Les femmes chercheuses, scientifiques, à l’origine de découvertes clivantes pour la société souffrent depuis des siècles d’un mépris voire d’un rejet de leurs pairs. Faute à la société ? Au machisme sectoriel ? Les planches de la Reine Blanche autorisent la parole de ces femmes oubliées, ou en tout cas pas reconnues à la hauteur de leur travail. Guillaume Vatan, réalisateur de documentaires et metteur en scène, a d’ailleurs réalisé un documentaire sur cette série théâtrale, donnant la parole à la directrice du théâtre de la Reine Blanche, Élisabeth Bouchaud, physicienne de formation, comédienne, et auteure.

Le cas de Rosalind Franklin

Le troisième épisode met en lumière Rosalind Franklin, physico-chimiste brillante, arrivée à Londres en 1951 pour étudier l’ADN. Ses travaux, volés par Wilkins, Crick et Watson, leur valent le Prix Nobel en 1962. Elle n’aura droit qu’à une brève mention. 

Julie Timmerman propose une mise en scène joyeuse, inventive, où les quatre comédiens Isis Ravel, Balthazar Gouzou, Matila Malliarakis et Julien Gallix s’échangent les répliques dans une peinture rythmée d’un Londres des années 50. L’intégration des personnages hors scènes par le regard permet un dialogue continu, même dans l’ombre.

Le piège dans lequel se voit enfermer malgré elle la brillante Rosalind Franklin part ainsi de l’ego de l’Homme, qui redoute ce qu’il ne peut atteindre. Vexé ou dépassé par un manque de connaissances, il usera de vils stratagèmes pour diriger le feu de la gloire sur son visage. 

La pièce est une réussite par l’humilité de son approche, qui ne déclame aucun parti pris mais relate simplement les faits. Le spectateur est alors convié à en tirer ses propres conclusions, système parfois plus efficace qu’en lui pré-mâchant ce qu’il doit penser. Les comédiens intègrent parfois le public à la conversation par des jeux de regards, brisant par alternance le quatrième mur, sans que rien, sur scène, ne s’égare. Un joli moment.

Photographie © Pascal Gely
© Pour le dire