Malgré la diction délicieuse et l’engagement indéniable de la Troupe de la Comédie-Française, les mots de Molière semblent ici s’épuiser, comme fragilisés par l’épreuve des siècles. Dans la beauté baroque et vintage de la mise en scène d’Emma Dante, le rythme peine à s’installer durablement : certaines scènes s’étirent, le texte ne nous parvient pas toujours avec clarté, et les enjeux dramaturgiques restent parfois flous, faute d’une tension suffisamment lisible.

Emma Dante cherche pourtant à proposer du neuf dans de l’ancien. Elle fait entrer ses comédiennes en habits contemporains, convoque “Bad Guy” de Billy Eilish dans l’une des musiques de transition, travaille le corps, l’élargissement du jeu, une forme de souplesse presque chorégraphique. L’intention est claire : désacraliser Molière, le déplacer, l’inscrire dans une physicalité d’aujourd’hui. Mais la formule ne prend pas tout à fait, comme si le spectacle restait coincé entre deux mondes, sans choisir pleinement entre la rigueur du vers et l’audace d’une réécriture scénique affirmée.

Dès lors, une question s’impose : comment expliquer qu’un Molière mis en scène par Christophe Daci parvienne à nous toucher et à nous séduire, quand un autre Molière, porté par une proposition pourtant inventive, finit par nous laisser à distance ? Peut-être est-ce dans le rapport au texte, dans sa circulation entre les corps, dans la lisibilité des conflits, que se joue la différence.

Dommage.

Photographies © Christophe Raynaud de Lage
© Pour le dire