Après une bande-annonce noir et blanc léchée, aux allures de publicité pour parfum, et un Benjamin Voisin que l’on classe désormais au rang d’homme plus qu’au rang d’adolescent, L’Étranger, repris du célèbre roman d’Albert Camus façon Ozon, se faisait désirer.
Et du désir, on sent qu’il y en a eu à la caméra. Désir de montrer, par une photographie travaillant sur le corps dans son environnement (répondant au sommeil, à la chaleur, au désir charnel) ; désir de reprendre Camus, ses mots secs, comme des coups de poing à chaque fin de phrase, pour les personnifier dans un éphèbe taiseux, réfléchi, sans doute, à la droiture irréprochable.

On retrouve ainsi un casting fidèle à la troupe d’Ozon des dernières années (Benjamin Voisin, Swann Arlaud…), mais aussi les excellents Rebecca Marder, en amante à la fois désœuvrée et fascinée, et Pierre Lottin, en homme viril comparable aux masculinistes d’aujourd’hui. Le cinéaste décide de nous montrer plus que de ne nous fait entendre le texte, tout en restant fidèle, par sa forme, au fond du roman : un homme qui s’interroge sur sa place, sur sa façon de faire justice, sur le fondement de la vérité. Y en a-t-il même une seule ?
Voir L’Étranger est un exercice, au même titre que l’était sans doute la lecture du roman dans nos années d’études. Comme les mots particuliers de Camus résonnent encore par leur sobriété presque froide, les images d’Ozon restent en nous comme un plan qui s’étire, s’étire, et laisse une empreinte.
Photographies © Gaumont
© Pour le dire
