Projeté en ouverture de la 14e édition du Festival Lumière à Lyon, L’Innocent n’a pas laissé le public de la Halle Tony Garnier indifférent. Au contraire, entre rires clairsemés et émotions grandissantes, le cœur de la salle battait au rythme de ces acteurs que l’on a (presque) redécouvert. Retour sur le film.

Un film de mafieux aux cœurs tendres

Louis Garrel est un étrange personnage. Acteur et réalisateur, il dégage à la fois mystère et impassibilité. Quelle surprise alors que derrière une certaine raideur se cache un humour pince-sans-rire délicieux. Abel (Louis Garrel) aime profondément sa mère, Sylvie (Anouk Grinberg). Alors, il accepte qu’elle s’entiche d’un ex-taulard à qui elle donne des cours de théâtre : Michel (Roschdy Zem). Mais leur idylle ne s’arrête pas à un simple flirt, non. Pour Sylvie, Michel est le bon, le vrai. Elle plonge alors dans sa romance et oublie ses gardes. Abel, sous l’œil complice de sa meilleure amie Clémence (Noémie Merlant), tente tout de même de rester vif. Jusqu’au jour où Michel lui propose un coup. Le dénoncera-t-il, ou deviendra-t-il son complice ?

L’Innocent revêt donc les codes d’un film de mafieux mais en écartant toute la noirceur que l’on prête d’habitude à ce genre. Au contraire, il prend le schéma inverse : par une colorimétrie très 70’s, le film opte pour l’ambiance chaleureuse et des comédies familiales. Et c’est peut être d’ailleurs ce qui guide le film, avant tout : ses personnages. Même si un braquage se prépare en toile de fond, ce sont avant tout les relations intrafamiliales et le monde tout autour qui font la force de ce film.

Abel (Louis Garrel) et Sylvie (Anouk Grinberg) © Les Films des Tournelles

Un scénario moderne et des rôles dessinés à la perfection

La force d’un bon film n’est pas dans sa complexité. Tout comme un livre, ce n’est ni son épaisseur ni l’auteur de la première de couverture qui solderont son destin. Non, un “bon” film est à la fois celui qui saura toucher, et convaincre, un large public, tout en appelant l’intime dans le cœur de chacun. Le schéma est donc simple : une mère et son fils, qui se hurlent dessus pour se dire je t’aime, deux amis qui n’osent pas vraiment avouer leurs sentiments, un homme à qui l’on prête le rôle de bandit mais qui a un cœur comme ça. Et des seconds couteaux sympathiques dans leur trait fort. On rit de la justesse des propos, on met notre cerveau en pause quand Louis Garrel appuie sur l’accélérateur, et on avance durant 1h40 – un temps parfait, je crois – sur les pas d’un réalisateur qui a enfin trouvé son ton.
À voir.

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