Après Dogman qui avait fait sensation au Festival de Cannes 2018, le réalisateur italien Matteo Garrone revient avec un film bouleversant sur l’épopée de deux jeunes sénégalais fuyant leur pays pour l’Europe. La terre promise est le symbole d’une vie meilleure, où tous les rêves deviennent possibles. Mais très vite, le chemin entrepris brise les idéaux de Seydou et Moussa. Ne s’aventure pas dans cette traversée de 5 000 kilomètres qui veut.
La désillusion d’un monde meilleur
Seydou et Moussa sont jeunes et ambitieux. Si leur jeunesse est une force, la naïveté qui les habite va être mise à mal. Matteo Garrone s’immisce dans les coulisses d’un tel périple à l’image presque d’un documentaire. Nous devenons un voyageur, comme eux, et nous découvrons en même temps qu’eux l’horreur derrière les faits divers rapportés dans les journaux. Bien que Seydou et Moussa soient conscients du danger, la volonté de partir est plus forte que tout.

Dans ce parcours effrayant où se bousculent de nombreuses communautés, le cinéaste arrive à percevoir l’individualité dans la masse. D’abord par nos deux héros que l’on suit du début du récit à la dernière étape, mais aussi par des visages, des accidents, des phrases échangées qui apportent au récit des visages et des histoires. L’aspect de communauté est important, et très vite Seydou et Moussa trouvent du réconfort dans des discussions dans leur langue maternelle. Mais ce n’est que pour appuyer la fragilité de ces courtes rencontres dans un contexte terrible de mort imminente. L’épée de Damoclès est au-dessus de chacun d’eux. Alors, la mort devient d’autant plus tragique quand elle est personnifiée.
Une ode à la solidarité
Malgré ce chemin de croix entre désert, prison, frontières et travaux forcés, Moussa et Seydou ne perdent pas de vue leur objectif. Chacun a ses raisons de partir, mais tous ont la même ambition : rejoindre l’Europe. Cette motivation commune va créer une émulation de solidarité dans l’horreur.



Seydou, qui porte cette aventure à bras le corps, est propulsé dans la difficulté des choix d’adultes. Il comprend alors qu’il devient capitaine de son groupe mais surtout capitaine de sa propre destinée. Peut-on survivre dans ces conditions en restant intègre ? Peut-on tout accepter si c’est pour un but commun ? Qui de la masse ou de l’individu aura le dernier mois ?
Un long-métrage tout en tension, poignant, viscéralement difficile pour les plus sensibles. Une ôde au courage et à l’Humanité. À voir.
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Photographies : © Greta De Lazzaris
© Pour le dire
