À l’occasion d’une rétrospective consacrée à son œuvre en février 2026, le cinéaste israélien Nadav Lapid est venu présenter Oui, sorti en septembre 2025. La rencontre, tenue le 25 février à la La Filmothèque du Quartier Latin, a pris la forme d’un moment rare : un dialogue frontal avec un film conçu comme une traversée morale, esthétique et politique.
D’emblée, Nadav Lapid situe Oui comme un film à part dans son parcours : « Tous les films que j’ai faits avant Oui n’ont pas exigé la moitié des efforts que j’ai pu fournir dans ce film » , confie-t-il. Plus qu’une œuvre, Oui est, selon ses mots, « la plus grande épreuve de ma vie d’artiste. Et de ma vie d’humain.«
Le film naît d’un choc : celui du 7 octobre 2023, qui pousse le réalisateur, installé à Paris, à prendre un avion pour Israël. « Israël n’est pas un pays tendre, mais j’y ai trouvé une forme de douceur quand j’y suis allé. Moi qui n’ai habituellement pas d’empathie envers ma patrie, j’éprouvais une tendresse envers les gens qui y habitent. »



Cette contradiction irrigue tout le film. Oui se définit comme « un film d’amour qui se met en combat avec un film d’horreur politique. » Le cinéaste pose alors une question centrale : la beauté peut-elle encore exister dans l’horreur ? Face à ce constat, le cinéma s’impose comme une nécessité : « À un moment pareil, la seule chose que je puisse faire était un film. »
Pour Oui, Lapid dit avoir tout donné : « J’ai utilisé tout ce que j’aimais et connaissais des cinéastes. Au point de ne rien garder pour l’avenir. » Cette radicalité se traduit par des choix de mise en scène tranchants. Le film, explique-t-il, « filme le retard des bourreaux et non des victimes » déplaçant le regard là où il dérange.
La représentation de Gaza se fait ainsi « avec une forme de distance, comme les Israéliens la voient. » Un point de vue incarné par une réplique glaçante du film, à l’apogée du cruel et du cynisme « ici c’est la coline de l’Amour, où des familles pique-niquent en regardant les bombes tomber. »
Oui, sorti en septembre 2025, demeure tragiquement actuel, alors que le massacre à Gaza continue.
Propos recueillis par Pour le dire / Clara Passeron
Photographies de Nadav Lapid © Pour le dire

