Qu’est-ce que le conte sans conteur ? Et le conteur sans compte, vous me répondrez. Seulement dans cet art ancestral, transmis de bouche-à-oreille comme les légendes ou les mythes, le porteur d’histoire tient une place essentielle dans la transmission.


Car il y a dire, et conter. Lee Jaram témoigne de sa culture par le pansori, tradition orale coréenne, en adoptant la nouvelle russe Maître et serviteur de Tolstoï. Nous sommes ainsi plongés, par le chant, la percussion et la poésie des mots dans une Russie glaciale où se joue l’intrigue de nos deux personnages : Vassili et Nikita. 

Si la nouvelle n’a rien de fantastique, le soin à la transposer jusqu’à nos oreilles est l’endroit où se niche l’art. Par des descriptions claires, détaillées, sensorielles, Lee Jaram fait apparaître les images sur scène, les hennissements d’un cheval, la dureté d’une peau de manteau de vison, la froideur tranquille d’un personnage. La conteuse s’en amuse même par des interactions avec le spectateur : l’écrivain ne l’a pas écrit, moi, Lee Jaram, je vais vous le décrire.


Car le lien entre le conteur et son public est chéri tout au long de ce spectacle. Immédiatement avec nous, elle inscrit sa présence scénique dans l’envie de nous partager, si ce n’est cette histoire-là, son envie de nous emmener dans son univers. Une joie communicative, et un plaisir qui se répand dans tout le théâtre. Le théâtre dans son plus simple apparat. 

Photographies © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
© Pour le dire