Adapter une œuvre littéraire n’est jamais simple. Garder sa fougue, sa brutalité, ne pas trahir les images mentales de milliers de lecteurs. Être du côté de l’auteur sans empêcher sa vision de réalisateur.
Pour Nino dans la nuit, roman de Simon Johannin et Capucine Azaviele, Laurent Micheli adapte avec Clara Bourreau en co-scénariste un roman qui parle de précarité de la jeunesse dans un Paris très actuel. Quatre jeunes au centre : Nino, Lale, Malik et Charlie. Tous luttant pour leurs droits, leur dignité, et partageant l’amour insatiable de la fête.

Le réalisateur crée une atmosphère contrastée dans laquelle se jouent les déchéances des personnages. D’un côté, le gris de Paris, où la vie paraît froide et difficile ; de l’autre, le bleuté flamboyant du monde de la nuit où les corps se libèrent, s’enlacent, s’échappent du réel. Coincé entre ces deux mondes, cet enchevêtrement d’espoir et de désillusions crée un sentiment d’étouffement pour le spectateur, au profit du récit mais pas toujours de son expérience personnelle. Faut-il cependant toujours voir des films avec des résolutions rapides de conflits ? Le film tend vers l’épuisement de ses ressources, donnant au fond du récit une forme concrète de saturation, d’un chemin difficile, contrarié, où la lumière au bout du tunnel semble encore loin.
Nino dans la nuit tient surtout grâce à la vitalité de ses comédiens : Mara Taquin dans le rôle de Lale, Bilal Hassani (belle découverte dans un rôle tout en sobriété et profondeur) dans le rôle de Malik et Théo Augier (aperçu dans LOL 2.0 dernièrement) en un Charlie désabusé et tentant de conserver son énergie solaire. Le jeu d’Oscar Louis Högström se révèle par une partition cynique et mélancolique.
Un long-métrage honnête, avec les maladresses et dispersions des premiers essais, mais dont la force tient résolument à l’interprétation des jeunes acteurs.
Photographies © Haut et Court
© Pour le dire
