Paterson est un jeune homme calme qui vit à Paterson, dans le New Jersey. Curieux et pourtant de nombreuses situations et références se répètent dans une ville paisible où des grains de malice se sèment. Paterson est un chauffeur de bus et poète lorsqu’il ne conduit pas. Il y gratte des séries de vers pragmatiques, sans rimes, sans fioritures. Et quand il rentre chez lui, il continue, dans un décors peinturé de noir et blanc par sa petite-amie Laura, artiste dans tout ce qu’elle entreprend.
Leur vie est simple, et leur quotidien est le sujet du film de Jim Jarmush. Il se réveille tous les matins par une lueur jaune qui transperce sa fenêtre. Il peut être 6h10, parfois 6h20. Puis il écrit. Ecoute les déboires de son collègue qui collectionne les infortunes, conduit, rentre chez lui, écoute les nouvelles folies de celle qu’il aime, promène le chien, et commande une bière au bar du coin. Un quotidien qui se répète mais dans lequel sont placées astucieusement des personnages atypiques. Et c’est autour d’eux que se construit le film, plus qu’autour de Paterson et de Laura. Le bus crépite d’êtres qui se bousculent, échangent, rient, se confient. Paterson s’amuse des bribes de conversations piquées à la volée. On prête une oreille attentive à des fabulations amoureuses, à des histoires d’enfants ou bien à la vie de personnalités célèbres qui vécurent ici, à Paterson.
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Paterson est un homme sans histoires, à la voix roque, qui prête à la confidence. C’est pourquoi autour de lui tous semblent vouloir lui parler, en connaître davantage sur lui. Chaque rencontre l’intrigue, le questionne, lui donne matière à écrire. Lorsqu’une petite fille s’étonne qu’un chauffeur de bus aime la poésie, doit-il alors ne plus le dire aux autres et se qualifier uniquement par son métier ? Lorsque sa copine lui propose de photocopier ses vers pour pouvoir les partager, en a-t-il réellement envie ? Est-ce que le monde a envie de savoir ce qu’un chauffeur de bus à bien à raconter ? Extrêmement humble, ce personnage grandit donc par des actes altruistes auxquels lui-même ne porte pas intérêt. Encourager, supporter, échanger avec un inconnu. Paterson le fait avec son coeur, sans rien attendre en retour. Ces choses ordinaires se combinent en un film délicat, lumineux et profondément humain.
Le duo Adam Driver et Golshifteh Farahani est simple mais divinement efficace. Jarmusch ne nous donne droit qu’à des petites scènes de leur vie, mais y révèlent leurs passions, leurs doutes et leur profond amour qui les pousse à se perfectionner de jours en jours. L’un cherche à créer pour le bénéfice, l’autre pour se rapprocher des étoiles. Ces deux personnalités s’opposent mais s’allient dans un jeu d’acteur évident, sans excès, qui nous pousse à croire que c’est dans la simplicité qu’on raconte les plus belles histoires.
Paterson, sélection officielle au Festival de Cannes 2016, sorti le 21 décembre 2016
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