Dire de la poésie à une classe d’élèves est un challenge que tous les enfants ont vécu au moins une fois. Entre notre souci de bonne élocution, la peur du trou et de la honte qui s’ensuivrait, la peur d’être devant trente paires d’yeux ahuris qui nous scrutent et dans lesquels on place tout un imaginaire macabre. Pourtant, la poésie doit être l’un des arts littéraires les plus doux, les plus universels et les plus accessibles.


Jérémie Sonntag casse les codes d’une salle traditionnelle pour proposer une course effrénée des mots d’auteurs et autrices. Louise Labé, Kery James, Kae Tempest, Victor Hugo et des écritures personnelles se mélangent dans nos oreilles d’élèves-adultes. Sur notre chaise, nous assistons à l’envol de deux comédiens, Florian Goetz et Jordan Sajous, qui nous permettent un voyage personnel autour des mots.


Cette mise en commun du dire et de l’écoute rend l’expérience de poíēsis particulière. Si le spectacle vivant offre cette parenthèse de présent dans nos vies effrénées, la poésie récitée nous invite à basculer entre présent et passé, entre réel et voyage imaginaire. Cette invitation au lâcher-prise est d’ailleurs encouragée par les deux comédiens qui proposent un temps d’échange après le spectacle. « On invite chaque personne à partir dans ses propres images, et on bouge les lignes en fonction de vous. On voit directement ce que nos mots bougent chez le spectateur. »


En parlant de poésie avec Adama Diop au théâtre du Rond-Point sur cette saison 25-26 tout juste achevée, j’imagine un espace encore possible où l’on peut oser raconter, rêver, s’échapper pour mieux revenir.

Photographies © Gilles Rammant

© Pour le dire