Aller au théâtre, c’est un peu comme aller à la messe. On y va sans trop réfléchir, par habitude ou par envie solennelle. On ne se pose pas trop de questions, pendant, ou après. Mais quand une messe est bonne, la messe est dite. On est touché en plein cœur, parce que les mots nous parlent plus aujourd’hui que les autres jours, parce qu’ils viennent viser juste, dans le foyer du sensible et de l’émotionnel. Et c’est ainsi qu’au théâtre, mon temple à moi, j’ai été saisie, obligée de vivre l’instant sans vouloir que ça s’arrête. 

Lisa Guez a déployé la pratique du Psychodrame, thérapie consistant à rejouer des scènes qui ont fait basculer la vie d’un individu. Six soignantes s’emploient à faire vivre ce procédé thérapeutique menacé d’être radié. Fernanda Barth, Valentine Bellone, Anne Knosp, Valentine Krasnochok, Nelly Latour, Jordane Soudre accueillent tour à tour les patientes internées en établissement psychiatrique pour rejouer, ensemble, ce qui a pu déclencher leur crise. Bien sûr, toutes ne sont pas réceptives à la pratique. Mais lorsque ces professionnelles du soin troquent leurs blouses blanches contre des costumes invisibles, de celui d’une mère, d’un papier peint, d’un chien ou d’un camarade de classe, la scène de théâtre est bien réelle. 

Les six comédiennes s’emploient à jouer chacune une patiente et une soignante. Lisa Guez leur permet ainsi d’explorer une palette de jeu aux antipodes de leurs deux personnages. Quand l’une est distinguée et empêchée, l’autre est libérée et farouche. Mais ce n’est pas dans ces contrastes que la magie opère : c’est dans ce qu’ils transmettent. Instinctivement, l’on juge l’une ou bien l’autre. Mais au fil de la pièce, aucune n’occupe une place plus importante, plus légitime. Un véritable sentiment de sororité se déploie, entre chacune. Toutes ont des fantômes dans leur famille, des moments de gloire, de bascule. Alors, qui sauvera l’autre ?

Vu au Théâtre de la Ville de Paris saison 2024-2025
Psychodrame se jouera au théâtre Treize du Théâtre 13 Bibliothèque du 10 au 20 février 2026

Photographies © Jean-Louis Fernandez
© Pour le dire