Festival Télérama 2026 – Cinéma Le Balzac

Présenté en avant-première au Festival de cinéma Télérama, Le gâteau du président marque l’entrée remarquée de Hasan Hadi dans le paysage du cinéma international. Récompensé par la Caméra d’or au Festival de Cannes 2025 et sélectionné pour représenter l’Irak aux Oscars. Le film sort en salles de cinéma le mercredi 4 février 2026.

Télérama : On dit souvent qu’on met beaucoup de soi dans un premier film. Était-ce votre cas ? Peut-on dire que vous êtes Lamia ?

Hasan Hadi : On met toujours une part de soi dans ses personnages. Il y a un peu de moi dans Lamia, dans Bibj, dans Saed. J’avais envie de montrer aux gens où j’habite, les emmener dans mon quotidien d’enfant et leur montrer l’endroit où j’ai grandi. En Irak, comme beaucoup de gens, je n’avais pas le droit de voyager. Alors je regardais des films. Les films étaient pour moi des passeports pour voyager. Les marais que l’on voit dans le film sont de véritables lieux de vie, que Saddam Hussein a voulu effacer du paysage.

Comment s’est déroulée la rencontre avec les comédiens et comédiennes du film ?

Tous les comédiens du film sont des non-professionnels. Nous avons rencontré Saed en premier et Lamia en dernier. Le casting s’est fait entièrement de manière sauvage, en Irak. J’ai vu une vidéo de trente secondes dans laquelle Lamia se présentait, et j’ai immédiatement su que ce serait elle qui porterait le film sur ses épaules.

Le tournage a-t-il été facile ?

Il reste difficile de produire des films en Irak, même si nous avons finalement rencontré moins de difficultés que je ne l’imaginais. Certaines contraintes nous ont même permis de contourner les obstacles par d’autres stratégies, plus clandestines, mais aussi plus proches de la réalité que nous voulions filmer.

Le coq domestique de Lamia a-t-il une dimension symbolique dans le film ?

Oui. Dans la culture locale, le coq est un animal à valeur prophétique. On dit que lorsqu’il chante, c’est qu’il a vu ou bu un démon ou un ange. Dans le film, chaque chant du coq annonce soit l’arrivée d’un malheur, soit celle d’un événement heureux.

Que peut-on souhaiter au cinéma irakien et aux jeunes réalisateurs et réalisatrices ?

Je ne sais pas si je suis vraiment qualifié pour parler au nom de ce cinéma. Toute industrie a besoin de soutien public et privé, et notre gouvernement ne comprend pas encore totalement l’importance de ce secteur. Le soutien privé prend du temps, mais je reste prudemment optimiste. Ce que je peux dire aux jeunes cinéastes, et je vais pour cela citer Jean-Luc Godard : « Don’t make political films, make films in a political way. »* Il faut trouver soi-même ses propres moyens pour faire des films.

* « Ne faites pas des films politiques, faites des films de manière politique. »

© Echanges recueillis par Pour le dire dans le cadre du Festival de cinéma Télérama
© Pour le dire