Interview en format vidéo disponible sur Youtube : Le collectif #MeTooThéâtre

Et sur l’instagram de Pour le dire.

“Les Histrioniques” est une pièce importante, que j’ai eu la chance de découvrir au Théâtre de Belleville en janvier 2025. A l’occasion du Festival d’Avignon, nous sommes revenues sur la naissance du mouvement #MeTooThéâtre. 

Pour le dire / Clara Passeron : Comment a démarré ce collectif ?  

Louise : Une journaliste qui s’appelle Cassandre Leray a parlé d’une énième affaire de violences sexuelles et sexistes dans le milieu du théâtre dans Libération. Son enquête parlait de l’omerta, du fait qu’il ne se passait jamais rien. On a été plusieurs à lire ce papier, ça nous a révolté. Le lendemain, on s’est retrouvé dans le salon de Julie et c’est Marie qui nous a dit “On va lancer #MeToo théâtre. 

Comment ça s’est passé, ensuite ?

Louise : On a créé une adresse mail. On a reçu énormément, énormément de témoignages.

Julie : On a ensuite publié un livre, qui est un peu comme un manifeste sur le mouvement Me too théâtre. Puis un jour, on a décidé qu’on allait se servir de nos outils, de nos compétences de créatrices, pour faire un spectacle.

Les Histrioniques, c’est donc le passage du mouvement à la pièce de théâtre. Comment s’est passé l’écriture de ce spectacle ?

Nadège : On a écrit un squelette en essayant de restituer toute notre expertise de terrain à travers différentes modalités de récits. D’abord, avec le fil Messenger qui nous relie, puis avec l’incarnation des agresseurs avec des scènes d’interprétation théâtrales, à l’image des personnes qui agressent. On avait aussi envie de traiter de l’Histoire du théâtre avec l’idée que ce qui nous a été transmis à l’école est maintenant un vieux théâtre, à la fois dans les modalités de rapports entre les personnes dans la création, que des esthétiques qu’on peut réinterroger.

Elizabeth : Il y a eu aussi l’écriture sonore et l’écriture lumière dédiées au plateau, qui sont venues alimenter le jeu. Ce projet est un manifeste qui vient défier ce qu’on a voulu nous faire croire depuis beaucoup de temps. Au niveau de l’Histoire de l’art, on a inscrit l’art comme ornement dans les cours des Rois, et l’art devient ici un outil émancipateur. 

Cette pièce, et le mouvement #MeTooThéâtre plus largement, a-i-il permis de libérer davantage la parole ? 

Séphora : Je ne pense pas qu’on l’on a permis de libérer la parole. Les femmes parlent. Les enfants parlent. Les victimes parlent. On a permis de créer une réémergence de la visibilité de la parole. Mais la parole, avec ou sans nous, elle s’exerce. Sauf que dans la plupart des situations et des cas, elle n’a pas d’effets. 

Julie : Dans les personnes qui nous ont écrit, des femmes, des actrices, des créatrices, la plupart nous disaient qu’elles avaient peur. Mais depuis, j’ai l’impression, et j’espère, qu’on a montré avec le mouvement et la pièce qu’on était fortes. Qu’il ne fallait pas avoir peur. La force, elle est de notre côté.

Merci à Louise Brzezowska-Dudek, Nadège Cathelineau, Marie Coquille Chambel, Séphora Haymann, Julie Ménard et Elizabeth Saint-Jalmes pour leur confiance. 

Interview réalisée à Avignon le 11 juillet 2025
Propos recueillis par Clara Passeron / Pour le dire