Interview en format vidéo disponible sur Youtube et sur Instagram : l’interview de Noémie Merlant et Sanda Codreanu
Echange sur la naissance du premier film, des thèmes de la sororité, du corps de la femme, et des violences sexistes et sexuelles. Avec : Noémie Merlant, Sanda Codreanu, Souheila Yacoub et Lucas Bravo
L’idée d’un premier film
Comment est né Les femmes au balcon ?
Noémie Merlant : J’habitais avec Sanda et ses soeurs. J’avais envie de parler de parler de cette amitié, qui m’a permise de traverser plein de choses, dont des traumatismes. Et le film aborde aussi ces traumatismes. J’avais envie de le faire sous le biais d’une comédie, car cet humour qui teinte un peu nos vies permet d’avancer, de survivre, tout en abordant un sujet très grave que sont les violences sexistes et sexuelles.
Il y a aussi beaucoup de sang, de gore, de burlesque dans votre film.
Noémie Merlant : J’avais envie d’en faire un film de genre, où il y a en effet du sang, du gore, parce qu’il y a un côté très cathartique dedans.
L’écriture avec les comédiens
Sanda Codreanu, vous avez participé à l’écriture en collaboration avec Noémie Merlant et Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu, Bande de filles, Les Olympiades…). Quelles étaient vos envies, qu’avez-vous pu mettre de vous dans ce projet ?
Sanda Codreanu : C’est la première fois qu’on me pose cette question. Noémie est toujours en train de créer, elle a commencé pendant le confinement à écrire cette histoire. Le projet des femmes sur un balcon est né assez vite. La seule différence est qu’elles devaient à l’origine être quatre femmes, puis on est passé à trois. On échangeait énormément avec Noémie, sur les personnages, sur l’histoire. Nicole, mon personnage, était celui que je mettais étrangement le plus à distance, même s’il y a de moi aussi dedans évidemment.
Noémie Merlant : Sanda a beaucoup d’humour et de répartie, qui ont constamment nourris les dialogues.

Nicole (Sanda Codreanu) et Elise (Noémie Merlant)Nicole est en effet un personnage plein d’humour, parfois même burlesque, sans qu’elle soit toujours au fait de ça.
Sanda Codreanu : Elle a aussi beaucoup de cynisme, sur la vie en général. C’est aussi son mode de défense face à la vie qui est beaucoup trop brutale pour qu’on puisse la prendre au sérieux. Si on se sauve pas par l’humour, qu’est-ce qu’il nous reste ?
La sororité
Quand on voit votre film, ne serait-ce qu’en voyant l’affiche, on pense évidemment aux films de Pedro Almodóvar, ses femmes puissantes et décalées, les couleurs chatoyantes, le drame qui côtoie l’absurde. Et, surtout, la sororité entre ces différentes femmes. Etaient-ce des messages forts que vous vouliez transmettre à travers ce film ?
Noémie Merlant : Oui tout à fait. Je voulais parlait de cette sororité, de ces femmes pourtant très différentes et qui s’entraident face à l’oppression. Autant chez Nicole, qui est une femme très pudique, qui reste souvent chez elle, qui se cache, que chez Ruby [interprétée par Souheila Yacoub] qui est une camgirl libérée, qui assume sa féminité. Cette entraide-là, pour moi, est au coeur du film car elle est vitale. C’est ce qui a changé ma vie et je trouve qu’on ne la met pas assez au coeur des films, on ne donne pas à l’amitié autant de valeur qu’une histoire d’amour par exemple, alors que c’est une histoire d’amour.
Le corps de la femme
Elles ont aussi un rapport très différent au corps.
Noémie Merlant : Je voulais justement montrer qu’on peut cohabiter tout en étant très différentes et se respecter. Pour filmer cette différence, avec des femmes plus pudiques et d’autres qui se dénudent avec plus de facilité, j’avais besoin de convoquer dès le début le spectateur avec la scène de Ruby qui se met sur le balcon torse nu parce qu’il fait chaud, comme les autres voisins qui sont eux aussi torse nu sur leur balcon. J’essaie de banaliser la représentation de cette poitrine, comme lorsqu’on regarde un homme sans haut et ça nous semble tout à fait normal, parce qu’on est habitué.
Sanda Codreanu : On nous impose souvent des choix, en tant que femmes. Nicole est pudique, ne montre pas beaucoup son corps, mais cela ne veut pas dire qu’elle ne le montrera jamais. Ruby est plus libérée, son corps est son objet de travail, mais ça ne veut pas dire que, plus tard, les choses seront différentes. Ne pas avoir la possibilité de se tromper est quelque chose de très imprégné. On a le droit d’avoir des rapports différents avec notre corps, avec notre sexualité, tout est en constante évolution. Je cite souvent “la maman et la putain” parce que c’est un peu ça, soit il faut être la vierge immaculée, soit on est la prostitué. Alors qu’une vie est longue… Et on peut être les deux !

Nicole (Sanda Codreanu), Ruby (Souheila Yacoub) et Elise (Noémie Merlant)Pas de profil type d’agresseurs
Le film nous montre aussi, tout comme l’actualité avec le procès des agresseurs de Gisèle Pelicot, qu’il n’y a pas de profil type d’agresseurs.
Noémie Merlant : Je voulais faire une scène autour de l’aveu. Que ce soit dans le cas du procès de Madame Pelicot ou dans tellement d’autres récits, il n’y a jamais d’aveu. Aucun violeur n’avoue son crime, c’est toujours de la faute de la victime. Ca fait du bien, dans le film, d’entendre quelqu’un qui reconnaît enfin son crime.
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Noémie Merlant, Clara Passeron et Sanda Codreanu pour Les femmes au balconRencontre organisée par Pathé Grand Lyon
Photographies © NORD-OUEST FILMS – FRANCE 2 CINÉMA
Interview © Pour le dire – Clara Passeron
