Il est rare de voir Ruy Blas adapté sur scène. Un valet convoitant une reine, un homme du peuple qui aspire à la grandeur pour éteindre la corruption des hautes sphères, des politiques vieillissants, croulant sous les magouilles, et qui, s'embrasant dans sa naïve ferveur, ira jusqu’à sa perte. Un drame de Victor Hugo qui met en lumière de nombreux aspects toujours vivaces dans notre société.


La Comédie-Française a rouvert ses portes au public ce 15 octobre 2026 avec cette pièce résolument politique, menée de front par Julie Duclos, Laurence Kélépikis et Matthieu Sampeur. Une pièce large, dense et pourtant travaillée pour que l’on entende tous les mots d’Hugo. Stéphane Varupenne en Ruy Blas apparaît épuré de toutes scories pour nous parler vraiment. Ce travail de la langue, mâchée, répétée, digérée pour se l'approprier, est ici remarquablement exécuté.


Julie Duclos s’accompagne d’une scénographie imposante mais minimaliste. Avec de hauts murs, de hautes fenêtres et de hautes colonnes créant plusieurs niveaux de regards et d’écoute, le spectateur est rendu complice de ce qui se trame dans cette pièce qui vire inéluctablement au tragique. Malgré tout, la pièce se dore de quelques traits d’humour. Grâce à des personnages lumineux comme Sébastien Pouderoux en Don César de Bazan, noble qui a décidé de mener une vie de bohème, dont le verbe et la bonhomie prêtent immédiatement à sourire, on reste à flot entre drame et légèreté.


Julie Duclos prend l’humanisme d’Hugo pour y apporter une dimension résolument politique, marquée par la tirade sur l’Europe solidaire de Ruy Blas. “C'est que l'Europe est solidaire, c'est que tout ce qui se fait en Europe est fait par l'Europe.” Ces mots, issus du discours “Pour la Serbie”, prononcé en 1876 par Victor Hugo, résonnent ici dans le phrasé animé de Stéphane Varupenne. Si les applaudissements rendent hommage à l’homme politique Victor Hugo et saluent l’interprétation du comédien, ils retentissent dans un silence amer face à ce qui se passe encore aujourd’hui en Europe, aux portes de nos frontières. 


Le spectacle sera entièrement filmé pour une diffusion en direct au cinéma le 3 décembre 2026.


Photographies © Christophe Raynaud de Lage

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