Il y a ce fourmillement, cette excitation quand vous savez que vous vous apprêtez à visionner une histoire captivante. Au-delà de l’univers de DC Comics, où Batman campe l’un des personnages les plus intéressants et les plus sombres, voir un film Batman induit de se plonger corps et âme dans un univers glaçant, à la photographie froide et verdâtre. L’atmosphère de Gotham et sa pluie incessante viennent glacer nos os.
The Batman : un héro encore plus sombre et solitaire
Matt Reeves a décidé de réhabiliter ce super-héros en lui offrant davantage de noirceur et de profondeur. Si le personnage de Christian Bale dans la trilogie de Christopher Nolan apparaissait comme un fin séducteur, à l’aise en société, il n’en est rien du côté du héros incarné par Robert Pattinson. A la vie publique, quand il est donc simplement Bruce Wayne, orphelin d’une riche famille politique assassinée sous ses yeux lorsqu’il avait neuf ans, il est cet animal nocturne que seules les obligations poussent à agir en journée. Froid, solitaire et craignant presque les regards trop insistants sur sa personne… Il semble avoir quitté il y a bien trop longtemps le corps de Bruce au profit de celui de Batman. Son enquête le plonge chaque jour dans une rétrospective de ses journées, grâce à une lentille de contact bionique posée à même la cornée. Chaque déplacement est donc une peine, un devoir à exécuter. Lorsqu’il fait la connaissance de Sélina Kyle, dont il va rapidement déceler la double identité de Catwoman, seule sa facette de justicier de la nuit lui sera présentée. Matt Reeves nous montre donc un super-héros devenu ce qu’il a créé et rejetant toute vie privée. De quoi plonger le spectateur dans une empathie immédiate pour ce personnage habité par la pénombre.

Quand la photographie et la bande-originale subliment le propos
Le spectateur venu voir The Batman connaît déjà son histoire. Alors, comme habiller un long-métrage qui a déjà empreint de souvenirs et d’images les inconscients de ses spectateurs ? En jouant sur les autres éléments du films : sa musique et sa photographie.
Ce qui frappe surtout, dans la réalisation de Matt Reeves, est la construction minutieuse de chaque plan. The Batman est définitivement un film d’images. La photographie offre des teintes multiples, entre une atmosphère bleuâtre d’un Gotham endormi, aux néons rouges des clubs où la corruption des plus grands malfrats opère, en passant par des lumières ocres sur des plans larges d’une ville contemplée par ses défenseurs. Les plans se succèdent à l’image d’un parcours d’exposition artistique. Nous apprécions la diversité des cadres et des ambiances tout en savourant la pâte unique de l’artiste.

Un autre élément qui n’est pas en reste : la musique. La bande-son de The Batman est une succession de propositions faisant corps avec les personnages et l’action. Ajoutant une profondeur au récit, elle vient se caler à l’atmosphère chaotique de Gotham. Peut-être est-ce elle qui nous a donné l’illusion que trois heures pouvaient en paraître une ? Ou celle qui offre à ce film haletant, aux séquences presque trop vites enchaînées, une illusion de calme dans la tempête ? Dans tous les cas, The Batman se dévore en une respiration. De quoi presque avoir envie d’immédiatement le revoir… Pari hautement réussi pour Matt Reeves.
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The Batman de Matt Reeves, actuellement à l’affiche – Mars 2022
Photographies : © Warner Bros. Entertainment Inc.
© Pour le dire
